Le vol MH370 a-t-il continué de voler ? [EXCLU]

LE SILENCE DE LA MALAISIE

Une grande partie du mystère qui entoure la disparition du vol MH370 de la Malaysia Airlines tourne autour de l’absence de données quant à sa position exacte au moment de sa disparition.
Aucun appel de détresse n’aurait été envoyé par les pilotes et les autorités Malaisiennes n’ont pas confirmé à ce jour que des messages automatiques de maintenance aient été transmis selon le système ACARS qui équipe certains avions de lignes les plus récents.
Tous les experts s’entendent aujourd’hui pour dire qu’il n’est pas normal que les autorités Malaisiennes ne soient pas en mesure de donner des informations sur le plan de vol exact et les derniers éléments de vol de l’avion.
Tout ce flou entretien bien entendu les hypothèses les plus diverses, dont j’ai fait hier une rapide présentation ici.
Avant d’élaborer sur la question, il faut rappeler que dans le cas de la disparition du vol AF447 entre Rio et Paris, il aura fallu cinq jours pour trouver les premiers débris de l’avion et deux ans pour repêcher l’épave ainsi que les boites noires qui n’émettaient d’ailleurs plus de signal, faute d’énergie.

DES DIFFÉRENCES IMPORTANTES ENTRE LE MH370 ET LE AF447

La disparition du vol MH370 recèle pourtant des éléments bien particuliers qui rendent cette affaire très différente du crash du vol AF 447.
On sait maintenant qu’une enquête pour des actes terroristes a été ouverte par les autorités Malaisiennes qui bénéficient du support du FBI, qui s’est presque immédiatement transporté sur les lieux.
Les deux passagers ainsi que celui qui aurait organisé l’achat de leurs billets sont sous la loupe des autorités et les services antiterroristes de plusieurs pays échangent de l’information en vue de les identifier et d’en savoir plus sur leur éventuelle implication dans cette disparition.
Il n’est d’ailleurs pas à exclure que l’utilisation de ces passeport ne soit pas en lien avec un acte terroriste mais plutôt avec une « simple » usurpation d’identité, comme dans le cas d’une immigration clandestine par exemple.
Malgré le fait que les services antiterroristes français n’aient pas encore ouvert une enquête et que le Canada ne se soit pas non plus avancé sur ce sujet, les hypothèses de l’attentat en plein ciel et de l’incident technique d’une telle ampleur qu’il ait conduit à la dislocation de l’avion en vol sont celles qui restent les plus plausibles.

UNE PISTE TRÈS PEU CONSIDÉRÉE

Pourtant, il y a une autre piste, murmurée par quelques experts comme celui-ci, qui laissent entendre que le vol MH370 n’aurait peut-être pas disparu corps et bien.
Jusqu’à ce matin, je considérais cette piste comme étant la plus improbable, pour ne pas dire fantaisiste.
Qu’on me suive bien : en tant qu’ancien policier antiterroriste, j’ai participé à plusieurs dossiers d’enquêtes sur des vols aériens détournés ou victimes d’actes de terrorisme. Je ne suis ni un amateur des théories du complot, ni très friand de raisonnements qui trouvent leur source dans des hypothèses hasardeuses.
Je m’aventure donc ici en territoire inconnu pour émettre une hypothèse plutôt audacieuse pour esprit cartésien tel que le mien !

INFORMATION CONFIDENTIELLE

Et je m’y avance parce que j’ai eu connaissance ce lundi d’une information très confidentielle m’indiquant que malgré sa disparition des radars au beau milieu de l’océan, l’avion aurait continué à donner sa position pendant au moins plusieurs heures !
Ainsi, selon cette information, l’avion n’aurait pas disparu ni explosé en plein vol pour une raison inconnue, mais aurait continué à émettre des données longtemps après des radars des autorités aériennes Malaisiennes.
Cette information m’est parvenue d’une source dont je ne peux faire état et j’ai donc tenté d’obtenir des précisions auprès de ceux qui traitent habituellement ces données.
Il n’existe que très peu de compagnies dans le monde qui détiennent le savoir faire et le personnel compétent pour analyser et décrypter les informations transmises par les avions afin de rendre ce flot de données compréhensible et utilisable.
Certaines de ces entreprises ont d’ailleurs activement collaboré aux enquêtes sur la disparition d’autres avions dans des circonstances identiques.
Il n’est donc pas difficile pour moi de savoir qui fait quoi dans ce genre de cas et d’appeler la compagnie potentiellement concernée par ce travail.
Cependant, malgré plusieurs appels directs à la responsable des communications de la société en question, rien.
Aucune réponse ni retour d’appel.
Pas plus qu’à mes courriels à son adresse internet directe au sein de la société.
J’ai demandé à parler à un cadre ou un responsable, impossible.
J’ai enfin expliqué au réceptionniste que j’avais des informations concernant l’éventuelle implication de la société en question dans le travail relatif à la recherche du vol MH370 et que j’allais sortir une information à ce sujet.
Je lui ai demandé de faire passer ce message à sa direction ou un responsable pour qu’ils en soient informés.
Rien. Silence total… comme les autorités Malaisiennes sur l’existence ou pas de ces fameuses données de vol.

UN FAISCEAU D’ÉLÉMENTS

Cette information, bien que je la considère comme fiable, ne peut justifier à elle seule que je donne le nom de cette entreprise, mais elle jette tout de même une lumière très particulière sur l’affaire quand on l’ajoute à d’autres éléments de ce dossier.
Plusieurs médias évoquent en effet le fait que les téléphones de certains passagers du vol MH370 continuent à fonctionner et que même, sonnent à l’appel de leur numéro.
D’autre part, on nous dit que le vol aurait amorcé un demi-tour sans que les autorités aériennes Malaisiennes ne soient – trois jours après le drame – en mesure de dire si cette manœuvre figurait ou non au plan de vol.
Bien qu’il ait fallu près de cinq jours pour retrouver les débris du vol AF 447, on ne peut que constater que l’absence de découverte de débris dans le cas du vol MH370, alimente les hypothèses les plus folles.
Enfin, dernier élément troublant, cette déclaration d’un pilote qui aurait été contact avec le vol MH370 au moment de sa disparition et qui pose de nouvelles questions sur la direction du vol au moment des faits.

UN VOL DÉTOURNÉ ?

Et si le vol MH370 avait été détourné de son plan de vol initial et s’était posé quelque part ?

Dans le cas d’un détournement par des terroristes, cette hypothèse est vraisemblable et elle viendrait même expliquer le secret qui plane sur les informations de vol de l’avion et les derniers éléments de sa localisation éventuelle.
Évidemment, cette hypothèse rendrait compréhensible le fait que certains des téléphones de passagers aient pu continuer à sonner alors que l’avion devrait avoir explosé ou disparu en mer…
Elle pourrait même justifier le fait que les terroristes prennent leur temps avant de revendiquer leur acte, attendant que la situation de l’appareil soit connue pour éventuellement négocier.
Pour finir, quand on connait le manque de transparence habituel des autorités Malaisiennes en matières d’affaires intérieures et la culture du secret du gouvernement chinois, on ne serait presque pas étonné si l’un ou l’autre disposait d’informations soigneusement conservées sous le sceau du secret.

L’hypothèse que j’évoque ici est un peu tirée par les cheveux, je le reconnais volontiers, mais au vu de l’ensemble de ces éléments elle vaut largement les autres spéculations.

Il reste possible, évidemment, que l’avion soit resté en vol quelques heures avant de disparaitre en mer ou même qu’il se soit posé quelque part en raison de problèmes techniques.
Dans ce dernier cas, il est très difficile de comprendre pourquoi – à moins d’un atterrissage sur une ile déserte – aucun contact n’a pu être établi quatre jours après le drame.
On serait ici dans un scénario digne de la série télévisée Lost auquel je ne crois guère.
Et il ne faut toutefois pas écarter la possibilité que des raisons techniques puissent expliquer le fait que certains téléphones puissent continuer à sonner et sembler « en ligne » alors qu’ils seraient au fond de l’océan. En effet, la perte du contact entre les appareils et les bornes qui relaient le signal ou le système d’itinérance peuvent parfois induire quelques aberrations techniques.
Car, n’oublions pas que pour que les téléphones puissent sonner, ils doivent impérativement se trouver dans une zone de couverture du réseau de téléphonie mobile et donc, pas au beau milieu de l’océan puisque chaque borne ne couvre que quelques kilomètres.

Je suis souvent le premier à dire qu’il faut se méfier des apparences et si je n’avais pas reçu l’information concernant l’émission de données de vol par l’appareil plusieurs heures après sa disparition « officielle », je n’aurais pas avancé ce genre hypothèse.
Mais si cette information était validée, elle sera certainement un élément central dans la disparition du vol MH370, et surtout dans les recherches de l’avion.

Je vais donc continuer à creuser cette piste jusqu’à en obtenir la confirmation ou l’infirmation et ce billet sera mis à jour en conséquence.

Mise à jour 11/03 à 13h : la compagnie visée par cet article a enfin répondu à mes demandes, après la publication de ce billet, en m’indiquant qu’en raison de l’enquête en cours ils ne feraient aucune communication sur le sujet et que les informations viendraient des autorités aériennes ou des responsables de l’enquête.
Il ne s’agit donc pas du tout d’un démenti mais plutôt d’un refus de répondre à des questions simples, telles que « Votre entreprise est-elle impliquée actuellement dans le traitement des données de l’avion MH370 ? ».
Un silence sur lequel je laisse à chacun le soin de tirer ses propres conclusions.

Compte tenu des délais nécessaires au traitement de ce type de données, on peut imaginer que les informations seront transmises certainement bientôt aux autorités chargées de l’enquête.
Normalement, ce sera l’affaire de quelques heures, ou une journée au plus, avant que nous n’ayons des nouvelles de ces fameuses données.
À moins que pour des raisons liées à l’enquête, les autorités aéronautiques ou policières ne souhaitent conserver encore secrètes ces informations sur le vol MH370.
À suivre !

MH370, perdu en plein ciel

VOLATILISÉ EN PLEIN CIEL

C’est la question qui tourne en rond dans les médias, comment un avion peut-il ainsi se « perdre » en plein ciel ?
Voilà plus 48h que le vol MH370 a disparu et l’impatience gagne le gouvernement Chinois qui presse les autorités Malaisiennes de faire plus pour retrouver cet avion qui a disparu des radars vendredi dernier.
Ce qui intrigue le plus évidemment, c’est l’absence de message de la part des pilotes de ce vol, qui laisse supposer un accident soudain et de grande envergure.

QUITTER LE RADAR

Contrairement à ce que l’on peut penser, les avions ne sont pas suivis à la minute près par les radars durant tout le vol, ils ne le sont avec précision que dans les zones à forte concentration d’avions afin d’éviter les collisions.
Au moment de quitter cette zone, le pilote reçoit les coordonnées de sa route et des points de contrôles auxquels il doit prendre contact par radio haute fréquence avec les contrôleurs aériens.
En dehors de ces zones, au dessus d’un désert ou d’un océan par exemple, l’avion fait sa route en envoyant des données de vol avec une régularité qui varie en fonction des équipements à son bord.
Le vol MH370 a soudainement quitté les radars civils ce qui explique les difficultés à le localiser avec précision, comme ce fut le cas avec le vol d’Air France Rio-Paris, qui avait disparu en 2009 dans ces circonstances un peu similaires.

LES DONNÉES ACARS

Cependant l’avion n’est pas totalement « muet » puisqu’il existe un système de transmission des données en vol, appelé ACARS.
Il s’agit d’un flot d’informations de maintenance, transmises au fil du vol par satellite, à une fréquence d’une dizaine de minutes.
Cet avion de Malaysia Airlines était-il équipé de ce système ?
Les autorité Malaisiennes se sont refusées à commenter ce point, ce qui irrite le gouvernement Chinois dont les ressortissants composent l’immense majorité des passagers de ce vol.
En l’absence de ce type de données, on s’en remettra au dernier contact radio.
Avec le vitesse de croisière d’un avion de ce type, plusieurs centaines de kilomètres auront été parcourus entre les contacts ACARS toutes les dix minutes et plus encore entre les messages radio qui interviennent autour des 30 minutes.
Ceci peut donc expliquer ce délai avant localisation de l’épave.

AUCUN MESSAGE DE DÉTRESSE

Un point intriguant, que celui de l’absence de message par radio ou de message de S.O.S. par le vol MH370.
Pour le premier point, on peut imaginer que les pilotes ont été empêchés de passer un tel message, soit par manque de temps – explosion soudaine – soit parce que l’avion était sous le contrôle de terroristes.
Pour le second il faut savoir que les balises de détresse émettent en en très haute fréquence (VHF) et ont une portée inférieure à 300kms.
Sans système pour recevoir le message dans ce rayon, un bateau ou un autre avion, celui-ci se sera perdu.
Évidemment, on peut aussi penser que les balises ont été instantanément détruites en plein vol, empêchant la transmission de quelque message que ce soit.

LA PISTE TERRORISTE

Ajoutons à ces éléments ceux des passeports déclarés perdus ou volés (ce n’est pas clair car tous les services de police ne font pas forcément la différence lors d’une déclaration du propriétaire) au même endroit, Phuket, à dix-huit mois d’intervalle et le fait que les deux hommes qui utilisent ces passeports auraient acheté leurs billets ensemble et nous voilà face à la piste de l’acte terroriste.
Une piste qui ne doit pas nous écarter de l’hypothèse, très improbable tout de même selon les spécialistes en aéronautique, d’une explosion en plein vol qui ne soit pas consécutive à un acte terroriste.
Ceci dit, le Boeing 777 est réputé pour sa fiabilité et moins de 10% des accidents arrivent durant une phase de vol.
Il serait enfin extrêmement surprenant que dans de telles circonstances, aucun membre d’équipage n’ait pu contacter les contrôleurs par radio, même si la priorité en cas d’incident à bord reste de tenter de conserver la maitrise de l’avion avant d’entreprendre un contact radio.

LES HYPOTHÈSES TERRORISTES

Restent alors trois autres hypothèses :

– Celle d’un acte volontaire, du pilote ou du copilote, qui aurait décidé de jeter l’avion dans l’océan.
C’est la cause retenue par les autorités américaines dans le cas du vol 990 d’Egypte Air en 1999, tandis que les Égyptiens attribuent l’écrasement de cet avion à une défaillance technique.

– L’explosion d’une bombe en plein vol, détruisant l’avion instantanément.
Comme dans le cas de l’attentat contre le vol 103 de la Pan Am en 1988 qui s’est désintégré en plein vol au dessus de la ville de Lockerbie, causant près de 300 morts.
On peut facilement penser que les deux passagers ayant embarqué sous une fausse identité aient pu faire monter une bombe à bord de l’avion, que ce soit en cabine ou en soute.
Ceci expliquerait peut-être le choix de l’aéroport de départ en fonction de règles de sécurité moins sévères qu’en Europe ou aux USA par exemple.

– La prise de contrôle du vol par des terroristes.
On revient ici sur le scénario bien connu du 11 septembre 2001 et même si nous ne sommes plus du tout dans les mêmes conditions de sécurité, puisque de nombreux systèmes ont été mis en place à bord des vols depuis, cette hypothèse reste très plausible.
Le 11 septembre 2001 n’est pas le seul cas de scénario de détournement d’avion et plusieurs autres tentatives ont été empêchées avant et après.

Des suppositions qui vont rapidement se confirmer ou s’infirmer, principalement en fonction de l’identification des deux passagers suspects, mais aussi de la découverte des débris et de l’épave de l’avion avec sa boite noire.

À suivre donc…

* L’auteur de cette chronique a exercé plus de dix ans dans le domaine des enquêtes antiterroristes et participé à plusieurs dossiers liés à des détournements d’avions.

– Paru au JdM le 10 mars 2014

L’ex policier Roberge veut-il une entente ?

DÈS LE DÉBUT…

L’ex policier Benoît Roberge est-il en train de se magasiner une entente ?
Dès son arrestation, on m’a rapporté qu’il avait évoqué l’idée d’une entente mais que les policiers étaient tellement furieux de ce qu’ils venaient de découvrir, que le sujet avait été mis de côté.
Malgré tout, l’implication de Benoît Roberge dans un nombre important de dossiers clefs en font un homme désormais devenu dangereux pour le système.
La « sainte colère » de ses confrères et de quelques membres du système de justice au moment de son arrestation est-elle en train de céder la place au pragmatisme et à la gestion de crise ?

DES ACTES CRIMINELS AVANT 2010 ?

On nous dit aujourd’hui que les activités criminelles de Roberge remontent à 2010…
Pourquoi pas avant ?
Imaginez que Benoît Roberge soit impliqué dans d’autres dossiers bien avant cette date.
En quoi cela serait-il surprenant ?
Benoît Roberge aurait-il noué des liens aussi étroits avec le milieu qu’il était censé combattre en seulement deux ans avant son départ à la retraite ?
Beaucoup trop d’indices penchent dans le sens d’une implication bien plus ancienne dans le milieu criminel. Pour les curieux, relisez le billet que j’avais écris au sujet des dossiers « étranges » auxquels Benoît Roberge avait été mêlé.
Il ne serait pas surprenant que l’on soit plus proche de 2000 que de 2013 !

DE VIEUX DOSSIERS

Et si Benoît Roberge déballait des années de corruption et de compromission avec le monde criminel, quels seraient les dégâts pour la police et la justice ?
Ils seraient terribles !
Car Roberge n’est malheureusement pas le « cas isolé » dont on nous parle et il existe d’autres dossiers de policiers corrompus qui œuvraient dans les Équipes Régionales Mixtes de l’époque, qui se sont réglés sous le manteau.
Avant les années 2000 même, des délateurs se sont plaints des pratiques criminelles de certains policiers en charge de leur gestion et surtout de malversations au sujet des fameuses « primes » qui leur étaient remises… partiellement. Je parle ici de dossiers dans lesquels des policiers tels que Roberge, ceux des mêmes unités étaient impliqués.
On dira alors que ces informateurs ne sont pas fiables et qu’ils veulent se venger. Ce ne sont que des voyous !
Des voyous qui sont pourtant assez bons pour envoyer en prison des wagons entiers de Hells Angels lorsqu’ils témoignent dans les méga-procès !

PAS D’ENQUÊTE PRÉLIMINAIRE

En renonçant à son enquête préliminaire, Benoît Roberge donne maintenant le signal d’une entente à venir.
Il n’avait pas intérêt à voir défiler les éléments à charge et s’offre par la même occasion un outil de négociation.
Les procureurs ne souhaitent pas non plus voir s’ouvrir la boite de Pandore d’où sortiraient des noms, des faits et des jugements qu’il vaut certainement mieux laisser là où ils sont.
Ce serait, finalement, un deal gagnant pour tout le monde.

DIRE LE DROIT OU LA VÉRITÉ ?

Dire le droit est une chose, mais cela ne revient pas toujours à dire l’entière vérité qui se cache parfois derrière le paravent des décisions négociées.
Car, contrairement à ce que le système dans lequel nous sommes à tendance à nous le laisser croire, il n’y a pas que deux parties à la justice.
Les citoyens aussi sont les acteurs de ce système et ils ont le droit de savoir.
La justice a le devoir de faire la lumière et nous éclairer sur ces situations.
Refuser d’aller au fond du problème et de gratter la plaie, même si cela fait mal, c’est accepter de laisser certains faire perdurer le système.
La compromis n’est-il pas l’ennemi de la vérité ?

Il est temps que la justice fasse preuve d’un peu d’aveuglement plutôt que de trop de lucidité molle, afin que nous connaissions enfin la nature et la profondeur réelle du mal qui a gangréné des années durant des groupes entiers de policiers.

– Paru au JdM le 24 février 2014

Police : repenser l’intervention

AVIS SUR TROIS MORTS À TORONTO

La nouvelle est presque passée inaperçue.
À Toronto une enquête du coroner vient de mener à des conclusions relatives aux interventions policières après la mort de trois personnes tuées par des policiers alors qu’elles étaient en possession d’armes blanches.
Voilà qui devrait faire écho à ce que nous rencontrons à Montréal depuis quelques années.
Ce que dit le jury affecté à cette enquête, c’est que les policiers doivent être mieux formés aux interventions avec des personnes souffrant de troubles mentaux.
Plus précisément, ce que les articles qui en faisaient mention ont traduit de façon erronée – à mon sens – par une meilleure formation en santé mentale, le jury préconise une autre approche que celle de l’intervention « classique » en tenant compte de l’état psychologique de celui ou celle qui fait l’objet de l’action policière.

LES CAS QUI DÉRAPENT

À mon avis, les policiers appliquent trop souvent de façon mécanique les procédures d’intervention et les protocoles de défense, sans se préoccuper de la psychologie des gens qu’ils ont face à eux.
Bien entendu un grand nombre d’interventions « difficiles » se terminent bien, mais il faut s’intéresser à celles qui dérapent et finissent par des tirs policiers car il est maintenant plus qu’évident que quelque chose dysfonctionne de façon identique dans ces dernières.
Ainsi, ce qu’indique ce jury en Ontario tombe sous le sens : équiper les policiers de boucliers ou utiliser en priorité les armes intermédiaires.

TROP DE TECHNIQUE ET PAS ASSEZ DE PSYCHOLOGIE

Mais aussi, tenir compte de la psychologie du « sujet » de l’intervention.
Et c’est sur ce point, à mon avis, que se cristallise le risque de voir l’intervention mal se terminer.
Vous pouvez appliquer les meilleurs protocoles du monde et donner autant d’avertissements que vous voulez à un individu en lui demandant de poser son arme, mais si il ne comprend pas, ou n’est pas en mesure « d’entendre » ce que vous dites, vous aurez perdu un temps précieux à appliquer vos recettes tactiques et aurez gâché à peu près toute chance d’entrer en communication avec lui.
Il ne faut pourtant pas s’attendre en effet à ce que quelqu’un qui entend des voix et qui croit que les extraterrestres veulent le tuer (ce délire est plus courant qu’on ne le pense) se mette à suivre les consignes de gens habillés en noir qui s’agitent autour de lui en criant avec des armes à la main…
Inutile de vous dire ce qu’il en est quand la personne a préalablement été frappée par un véhicule de police.

REVOIR TOUTE L’APPROCHE DE L’INTERVENTION

Bref, c’est toute l’approche de l’intervention et même son organisation tactique qui est à revoir dans ce cas.
Par exemple que le policier qui connait l’individu ou son nom (ce qui arrive souvent) tente d’établir le contact, tandis que ses coéquipiers se positionnent en protection avec leurs armes mais de façon plus discrète qu’habituellement.
En effet, ce qui dissuaderait un citoyen momentanément énervé, une arme pointée sur le torse, est plutôt susceptible de mettre en mode panique un homme en pleine crise.
Ceci ne veut pas dire que les policiers doivent agir de façon inconsidérée, mais qu’il leur faut tenir compte de l’état et de la nature du délire de la personne en face d’eux, en cherchant à désamorcer cette crise plutôt que l’aggraver par un comportement qui passera obligatoirement pour agressif.

PAS DES SPÉCIALISTES EN SANTÉ MENTALE

Il ne s’agit pas de faire des policiers des spécialistes en santé mentale, loin de là.
Simplement de leur faire comprendre que l’aspect psychologique de l’intervention est au moins aussi important que son côté tactique.
Et je ne doute pas que certains policiers le fassent couramment.
Ce sont d’ailleurs ceux-là qui rentrent chez eux le soir sans avoir tiré un coup de feu.

Pour les autres, le message est simple : utilisez votre cerveau et votre imagination avant votre arme.
Vous n’aurez ainsi pas à porter toute votre vie le fardeau d’une vie enlevée en vous demandant si vous n’auriez pas pu faire autrement.

– Paru au JdM le 18 février 2014

Les sous-hommes

Au Mc Donald qui se trouve Angle Notre Dame et St-Laurent.
Un sans-abri descend l’escalier suivi par le gérant du « restaurant » qui lui dit de quitter les lieux.
Le sans abri tient un gobelet de café du Mc Do qu’il a payé.
Il dit poliment et à voix basse qu’il ne veut pas sortir.
L’autre insiste, parlant de plus en plus fort.
Il montre la porte en claquant des doigts comme on le ferait pour faire obéir son chien.
Les sacres ponctuent les phrases agressives.
L’homme dit qu’il veut rester à l’intérieur, il met sa main dans sa poche pour prendre des pièces en disant qu’il va payer quelque chose.
Le gérant hausse encore le ton en criant à quelques centimètres du visage de l’itinérant qui reste parfaitement calme.
Les gens autour observent la scène, personne ne dit rien, personne ne bouge.

Je m’approche pour demander au gérant pourquoi il veut mettre l’homme dehors et il me répond que le gars a été surpris en train de fouiller dans les poubelles.
Évidement j’imagine que que ce n’est pas le premier a faire cela et je comprends que le gérant doit être excédé de devoir « faire la loi » dans son restaurant.
Mais cela n’autorise personne à parler ainsi à quelqu’un.
Qu’on ne me dise pas « Ils ne comprennent que ça », les itinérants ne sont pas devenus des animaux en vivant dans la rue.

Entre temps, le sans abri sort et se tient à l’extérieur, devant la porte.
Le gérant le suit en lui disant de dégager et d’aller plus loin.
Je dis au gérant que le gars est dehors, qu’il ne gêne personne et peut très bien rester dehors, il n’a pas à le chasser.
« Ça suffit maintenant » lui dis-je aussi calme qu’il est possible de l’être.
L’autre, un peu mal à l’aise d’un coup, se tait.
Tandis que lui et moi rentrons dans le Mc Donald, je lui dis qu’il ne m’aurait certainement pas parlé de la même façon qu’à l’itinérant s’il m’avait surpris en train de fouiller dans ses poubelles.
L’homme me répond que non, en effet, il ne m’aurait pas parlé ainsi.
On dirait que ça tombe sous le sens pour lui.
Ce qui me surprend dans sa réponse, c’est cette évidence : le sans-abri et moi ne sommes pas à traiter de la même façon.
Mon manteau en cashmere et mon allure soignée me donnent donc plus de droits que le vieux blouson et la barbe sale de l’itinérant.

À moi le respect. À lui l’agressivité en plus de la misère.

Je pense à Alain Magloire.
Je me demande combien de fois Alain Magloire, le sans abri tué par la police lors d’une intervention, s’est fait traiter de la sorte.
Combien de fois a-t-il vécu l’humiliation d’être rejeté et repoussé ?
Que la maladie, l’alcool ou les drogues soient à l’origine de son état est une chose, mais devenir un sous-homme, qui peut supporter ça ?

Le cas d’Alain Magloire semble avoir touché plus de monde que les précédents.
À cause du fait que beaucoup de gens se sont exprimés dans les médias pour dire combien il était intelligent et bon avant de sombrer dans la démence.
Certainement parce que plus de gens s’imaginent que Magloire leur ressemble plus que Farshad Mohammadi ou Mario Hamel. Magloire, ce chercheur brillant, ami fidèle et père de famille attentionné.
Dans son cas on se souvient qu’il était un homme – comme nous – avant de devenir un paria.

Dehors, le sans-abri s’en va tranquillement.
Il restait devant le Mc Donald tant que le gérant lui criait dessus, il part maintenant que plus personne ne l’agresse verbalement.
Peut-être pensait-il lui aussi que l’on n’avait pas le droit de le traiter comme un moins que rien. Il s’est peut-être tenu devant la porte juste pour cela, montrer qu’il avait encore le droit d’être traité comme un homme.

Je repense à l’intervention policière avec Alain Magloire.
A-t-il vraiment été frappé par une autopatrouille comme le disent certains témoins ?
A-t-il paniqué quand les policiers lui ont crié l’ordre de poser son marteau ?
Est-ce qu’au moins il comprenait ce qui arrivait ?
Il ne savait peut-être même plus qu’il était face à des policiers.
Une de ses amies disait à la radio qu’il entendait des voix et se sentait surveillé.
Face aux policiers sa folie a peut-être pris soudainement forme réelle.
Il s’est senti menacé, en danger peut-être. Et les policiers aussi.
Spirale infernale…
De leur côté, les policiers ont appliqué la procédure, respecté les protocoles, ils sont restés dans le cadre de la loi.

Mais un homme en délire a fini par recevoir plusieurs balles dans le corps.

L’enquête dira probablement qu’au moment du tir policier la défense était légitime et ce sera certainement exact.

Au moment précis du tir oui, mais avant ?

Bien avant… les cris, les invectives, les humiliations pendant des mois, des années…
Et quelques minutes avant le tir, les ordres, les cris, les armes aux poings des policiers….

Tout cela, était-ce vraiment légitime ?

PS : Au Starbuck qui fait face au Mc Donald quelques minutes plus tard.
Une jeune femme achète un café et une viennoiserie qu’elle offre à un
autre itinérant qui attend dehors.

Tout n’est peut-être pas perdu.

– Paru au JdM le 8 février 2014

Itinérants : des indésirables ? [Exclu]

LES BONNES INTENTIONS DU MAIRE

Cette semaine, après l’incident entre le policier et l’itinérant – mais soyez assuré que cela n’a aucun rapport –  le maire Coderre expliquait qu’il avait l’intention de rechercher des solutions pour essayer de régler la délicate problématique des itinérants à Montréal.

À écouter le maire de Montréal nous dire qu’il n’est pas question de les repousser hors de la ville comme certains le souhaiteraient, on perçoit une louable intention de chercher de réelles et durables solutions à la délicate problématique des sans-abri dans la ville.

LA VISION DES ARRONDISSEMENTS ET DU SPVM

Cependant, à lire certains documents, on constate que le nouveau maire va avoir du pain sur la planche et qu’il devra commencer par se mettre d’accord sur sa vision de l’itinérance avec ses arrondissements et le SPVM.

Comme le démontrent certains documents qui m’ont été remis et qui proviennent d’une demande faite par la biais de la loi d’accès à l’information, les sans-abri ne sont pas traités avec le même intérêt, ni le même respect que semble le souhaiter le nouveau maire de Montréal.

Pour preuve, dans un document du Poste de Quartier 22 du SPVM intitulé Bilan de piétonnisation 2010 – Rapport Final, le statut des sans-abri est clair : il sont des indésirables !

Indésirables
Un document dans lequel il ne faut chercher aucune autre solution que des aménagements des parcs destinés à éloigner les itinérants, repoussant évidement le problème ailleurs, sans jamais lui apporter la moindre solution de fond.

LES SANS-ABRI CONTRE LA PIÉTONNISATION DE STE-CATHERINE

On comprend évidemment que les sans-abri sont les « indésirables » de cette partie du quartier Ville-Marie dans lequel la ville caresse depuis longtemps le projet, qui refait surface aujourd’hui, de rendre la rue Ste-Catherine piétonnière de façon durable, idée qui semble avoir les faveurs de M. Coderre.

En 2012, plusieurs médias (Métro et La Presse entre autres) reprennent en cœur le même discours : la piétonnisation de la rue Ste-Catherine est mise en danger par la petite criminalité et les incivilités.

Qui sont donc les premiers visés : sans aucun doute possible les sans-abri qui semblent créer suffisamment de trouble pour empêcher ce dossier d’être mené à terme.

LES MÉCHANTS ITINÉRANTS ET LA RÉALITÉ DES CHIFFRES

À en croire les médias à l’époque, qui reprennent la soupe qui leur a été servie sur un plateau, ce serait les méchants sans-abri qui causeraient suffisamment de trouble pour que l’on ne puisse pas mener à bien la piétonnisation, même temporaire, de la rue au niveau du parc Émilie-Gamelin.

Pourtant, les rapport du PDQ 22 de 2010 et 2011 disent tout simplement qu’il n’y a aucune hausse du nombre d’incivilités. (ci-dessous celui de 2011)

nombre incivilités

SOLUTION : PLUS DE RÉPRESSION ?

Malgré cela, quelles sont les propositions qui ont été faites par le SPVM ?

Adopter réglement

Édicter un règlement qui n’a d’autre but que de pousser les itinérants hors du secteur.

Tout ceci démontre une fois de plus qu’il y a beaucoup de chemin à faire avant de pouvoir considérer la question des sans-abri autrement que sous l’angle sécuritaire.

Mais ne soyons pas injustes, il ne faut pas se surprendre non plus, lorsqu’on laisse la gestion de ce genre de questions entre les mains des forces de l’ordre, qu’ils tentent de les régler avec les moyens qu’ils connaissent…

ET SI ON PENSAIT À AUTRE CHOSE ?

Montréal n’est pas la seule ville à faire face à cette question difficile et M. Coderre lui-même soulignait que certaines solutions doivent certainement se trouver très en amont du travail des policiers.

Car il s’agit d’un vaste problème qui recouvre de nombreuses aspects et s’il est clair qu’il n’existe pas une seule solution à une problématique aussi complexe, il serait peut-être temps de se rendre compte que celle de la répression est bien la dernière à mettre en œuvre.

Reste plus, M. Coderre, qu’à le dire à vos arrondissements et au SPVM.

–  Paru au JdM le 14 janvier 2014