Mon Noël criminel

Mes activités variées mais concentrées sur les domaines des affaires policières, du terrorisme et d’une façon plus générale la sécurité intérieure, m’amènent à travailler aussi bien dans l’actualité que pour des projets documentaires ou de fiction, ce qui me conduit à mener des recherches sur les sujets qui sont les miens et surtout, devoir me documenter autant que je le peux.

Comme Noël approche à grands pas, j’ai décidé de partager avec vous quelques unes de mes lectures et séries télévisées criminelles de l’année.

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Point de presse dans l’enquête sur Cédrika Provencher

Ce matin, à 11h30, nous étions nombreux à suivre devant nos écrans le point de presse donné par la SQ dans l’enquête sur l’affaire Cédrika Provencher, qui se poursuit après la triste découverte de la semaine passée.

Encore une fois, je suis resté dubitatif devant le spectacle un peu étrange d’un policier venu dire aux médias qu’il ne pouvait pas répondre à leurs questions mais que la police était satisfaite de l’avancée de l’enquête.

Cette avancée, en fait, c’est surtout la découverte inattendue de l’endroit où la petite Cédrika aurait été enterrée.

Au-delà de ça, impossible pour le policier de donner une quelconque information substantielle, ce dernier ayant dû s’en tenir à des évidences comme :

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Retrouver Cédrika

Cédrika Provencher a disparue le 31 juillet 2007.

Elle vient d’être retrouvée près du village de Saint-Maurice, non loin de l’autoroute 40.

Il n’est pas utile ici de donner plus de détails sur les circonstances de cette découverte, ils sont dans tous les médias et déjà, les uns et les autres se perdent en conjectures sur ce que cette macabre découverte va pouvoir apporter à une enquête complexe qui n’avait pas porté ses fruits jusqu’à aujourd’hui.

À vrai dire la seule chose qui soit vraiment certaine à ce stade c’est que la longue attente des parents pour retrouver leur petite fille est terminée.

Car pour le reste, il faut laisser aux policiers le temps de travailler, d’avancer et d’utiliser tous les outils technologiques et scientifiques qui sont en leur possession.

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L’Histoire jugera

Du premier jour où j’ai mis les pieds à l’école supérieure des inspecteurs de la police nationale, jusqu’à mon dernier jour dans le corps des officiers de police, tous les actes que je rédigeais et toutes les enquêtes auxquelles j’ai participé s’appuyaient sur un principe fondamental : l’application rigoureuse, voire pointilleuse, du code de procédure pénale qui garantit le respect des droits individuels des citoyens.

Toutes ces années le respect de ce strict protocole et de ces règles souvent complexes et parfois difficiles a appliquer au cours d’enquêtes où nous manquions de temps et de moyens étaient pour nous la garantie que nous opérions dans les limites acceptables de cet équilibre entre moyens policiers et droits des citoyens.

Certes, nous avons eu de nombreuses occasions de regretter que nos moyens juridiques ne soient pas plus étendus ou ne permettent pas d’opérer sans le contrôle parfois lourd des juges ou des procureurs.

Comme tous les policiers j’ai pesté contre la durée trop courte d’une garde à vue (bien qu’à l’époque elle était de 96 heures en matière de terrorisme) alors que notre enquête nous menait aux quatre coins de France ou l’impossibilité de procéder à une perquisition faute d’éléments pouvant nous le permettre.

Comme beaucoup de mes collègues convaincus de la nécessité de mener à bien leurs enquêtes, j’ai joué quand c’était nécessaire avec les zones grises du droit ou les petites astuces procédurales qui sont à la limite des possibilités du système.

Et toujours j’ai été conscient que les libertés individuelles de mes concitoyens venaient contrebalancer ce que la nature profonde du policier veut le pousser à faire, c’est-à-dire résoudre son enquête quels que soient les moyens.

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Gouverner c’est prévoir

« Nous croyons que lorsque nous coupons vos têtes, déchiquetons vos corps et vous dispersons, nous faisons œuvre de dévotion qui nous rapproche de dieu et nous obtempérons à ses paroles. »
[Antar Zouabri, chef du GIA au moment des attentats de 1995/96 en France]

Quiconque était présent à Paris ces années là se souvient de la vague d’attentats qui secoua la capitale entre juillet et octobre 1995 et du dernier attentat commis en décembre 1996, le tout faisant 12 morts et plus de 250 blessés.

À part une série de braquages et une  tentative d’attentat par un groupe djihadiste terroriste dit « Gang de Roubaix » en mars 1996, la France ne connaitra plus aucun attentat provenant du terrorisme islamiste pendant de nombreuses années.

Ce sera ensuite l’avènement d’une nouvelle menace terroriste qui ira d’actions isolées à des actes organisés et préparés par plusieurs individus, dont certains s’étaient d’ailleurs rapprochés des participants à la vague d’attentat de 1995, reliant ainsi – comme dans un étrange retour aux racines du mal – les émules d’Al-Qaïda et de daesh aux mentors des groupes islamiques armés algériens.

Successivement les services policiers assisterons aux départs et aux retours de certains jeunes, dès les années 90, de la Bosnie à l’Afghanistan, puis de l’Irak à la Syrie, qui iront successivement sur ces terrains d’entrainement pour les futurs recruteurs djihadistes, modèles et inspirateurs de leurs compatriotes qui s’auto radicalisent dans le même temps sur le territoire français.

Le danger n’est donc pas nouveau, il a muté et s’est transformé au fil des années sans que jamais vraiment la France ne sorte de l’objectif des différents réseaux djihadistes terroristes jusqu’à l’arrivée en force de Daesh.

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Radicalisation & terrorisme, le sens des mots

Puisque l’on parle beaucoup de radicalisation, d’intégrisme, de fondamentalisme et de terrorisme, il me semblait important de revenir un peu sur le sens de ces différents termes pour, sinon les définir, au moins en préciser la portée. Ce texte n’a évidemment pas vocation à adresser un sens définitif à chacun de ces termes, mais j’espère qu’il pourra éclairer celui ou celle qui souhaite en savoir plus sur le sujet.

Pour Micheline Milot, professeure titulaire au département de sociologie de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) :

« Les individus puisent dans les répertoires religieux traditionnels des symboliques qu’ils agencent librement afin de donner un sens à leur existence, ce qui peut prêter à divers types de remploi ou bricolage des signes confessionnels […] C’est dire que fondamentalisme et intégrisme servent à décrire une large variété de mouvements politico-religieux dans des contextes nationaux très différents. Les catégories d’analyse reflètent également les frontières parfois floues ou poreuses entre le fondamentalisme, le traditionalisme et l’intégrisme. »

Micheline Milot considère ainsi que:

« L’intégrisme est la radicalisation du fondamentalisme, quand celui-ci s’exprime en tant que volonté politique de réforme globale de la société[1] ».

Dans un article intitulé «Intégrisme, fondamentalisme et fanatisme : la guerre des mots[2]», le journaliste Xavier Ternisien dresse un tour d’horizon assez complet de l’usage de ces notions. Il explique que le fondamentalisme est né aux États-Unis au tournant des années 1920 de pasteurs presbytériens, baptistes et méthodistes qui défendaient une interprétation littérale de la Bible, rejetant le darwinisme.

L’intégrisme, pour sa part, fait son apparition dans le monde catholique et désigne le courant se réclamant de «la tradition», c’est-à-dire des textes originaux et de leurs interprétations par «les pères et les docteurs de l’Église, les conciles et les papes ».

Autrement dit, l’intégrisme « fige, à un moment déterminé, l’interprétation de la Révélation », tandis que le fondamentalisme recèle « une volonté de retour aux sources, à une pureté originelle de la foi qui se trouverait dans les Écritures, débarrassées des repeints de la tradition. D’une certaine façon, le fondamentalisme nie la médiation d’une autorité religieuse – clergé, Église, docteurs de la loi – qui interpose habituellement une clé d’interprétation entre le croyant et le texte révélé ».

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