Ce que je vais dire à la commission Ménard

VENDREDI À LA COMMISSION MÉNARD

Ce vendredi, je serai entendu par la commission spéciale sur les évènements du printemps 2012.
J’y ai été invité après avoir envoyé mon livre « Enquête sur la police » à M. Ménard qui en a fait la lecture et a jugé utile de m’entendre.
J’imagine qu’il n’ignore pas ce que je pense de la commission, que j’ai qualifiée de discussion de salon à la radio et dont j’ai brocardé à gros traits le travail dans un billet de ce blogue assez récemment.
Les membres de la commission vont donc m’entendre leur dire ce que j’ai expliqué dans le livre, soit une critique assez précise et documentée de ce qui a été fait par les forces de l’ordre durant ce printemps 2012.

STRATÉGIE POLICIÈRE VS CHOIX POLITIQUE

Mais j’irai plus loin que dans le livre, où je m’étais astreint à une analyse technique sans vouloir entrer dans le débat politique par souci de neutralité.
J’y tirerai les conclusions logiques de cette analyse, de ce choix volontaire ne pas différencier les bons des mauvais manifestants et de prendre prétexte des difficultés techniques pour ne pas s’attaquer uniquement aux fauteurs de trouble.
Car, j’ai la conviction désormais que si ces techniques – s’en prendre spécifiquement aux casseurs plutôt qu’à la foule – n’ont pas été appliquées, cela ne peut être que le résultat d’une stratégie politique et non policière.

LE SALE TRAVAIL

Dans cette situation, les policiers de terrain ont été les artisans de décisions prises certainement au plus haut niveau politique et dont les chefs des services de police n’ignoraient certainement pas les enjeux.
Des « responsables » politiques qui se sont cachés derrière les policiers à qui ils ont fait faire le sale boulot plutôt que d’avoir le courage de dire qu’ils voulaient casser la dynamique des manifestations.
Ainsi, par la pression policière sur les manifestant et le poids des contraventions distribuées à qui mieux mieux, on est parvenu à essouffler le mouvement, refroidir les ardeurs des manifestants et étouffer leur action.
Personnellement, je ne me prononce pas sur le fait que ce soit un bien ou un mal, je soulève simplement le fait que cette décision n’ a pas été prise et assumée au niveau politique.
On ne peut, en effet, expliquer autrement la façon dont les choses se sont déroulées.

APPLIQUER LA LOI N’EST PAS FAIRE LA LOI

Il n’appartient évidemment pas aux corps policiers de prendre des décisions qui revêtent une importance sociale primordiale et qui sont avant tout des choix de société, donc politiques, plutôt que des décisions policières.
Ce faisant, la police s’est placée en position de juge et partie,engageant sa légitimité sur des choses qui dépassent de loin son domaine de compétence dans un système démocratique.
Cela peut paraître simpliste, mais un corps de police est là pour appliquer le loi, pas pour décider si elle s’applique ou pas, la nuance est importante.

LES FAUTES COMMISES

Enfin, je ne passerai pas sous silence les mauvais gestes et les nombreux comportements non professionnels que j’ai pu relever de la part des policiers lors des manifestations.
Je suis convaincu que ces gestes n’auraient pas été commis si les policiers n’avaient pas été encouragés – directement ou non – à y aller fort pour brasser les manifestants.
Je crois que ces gestes n’auraient pas été commis si la hiérarchie policière faisait son travail et veillait activement à protéger les citoyens (et les policiers eux-mêmes) de ces débordements plutôt que de chercher à préserver à tout prix l’image de leurs services.

ET APRÈS ?

À sa création, j’ai fait partie des quelques  rares qui défendaient l’idée que quelque chose de bon pouvait sortir d’une commission même décidée pour de mauvaises raisons et même dotée de mauvais outils.
J’ai ensuite déchanté en voyant ce que donnaient les témoignages des uns et des autres face aux membres de la commission qui ne poussaient pas les intervenants dans leurs derniers retranchements.
Et je ne parle pas ici que des policiers, puisqu’il aurait été certainement plus utile que tout le monde aille au fond des choses plutôt que personne.

Je n’ai pas la prétention de croire que mon intervention puisse changer quoi que ce soit à ce constat.

Mais je suis bien trop républicain dans l’âme et peut-être un peu trop intéressé par l’avenir de mes concitoyens pour ne pas essayer.

– Paru au JdM le 5 décembre 2013

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