Ce que nous devons au 11 septembre 2001

J’ai passé la semaine à me demander ce que l’on pouvait dire sur le 11 septembre qui n’avait pas déjà été dit et rabâché à longueur d’émissions « spécial 15 ans ».

Au passage, avez-vous remarqué ce souci des médias de souligner les 10/15/20 ans des évènements comme si, entre les deux, les autres années étaient de moindre importance ?

Même entre ces dates, nous devons garder en souvenir la mort de ces milliers de gens innocents et le sacrifice de tous ceux et celles qui sont intervenus ce jour là.

Rappelons, car c’est trop souvent oublié, que le 11/9 a fait des dizaines de milliers d’autres victimes qui n’étaient pas dans les tours et qui souffrent de nombreuses maladies liées à l’effondrement des deux tours.

Des milliers de victimes, dont certaines ont été contraintes de se battre pendant des années – encore aujourd’hui parfois – pour que leurs droits soient enfin reconnus.

De la même façon que les réponses militaires et sécuritaires n’auraient jamais dû prendre les directions empruntées par les États-Unis et certains de leurs alliés, notre façon de « célébrer » cette date aurait pu elle aussi prendre une toute autre forme, ainsi que l’explique cet excellent article de Vice.

Il n’est bien entendu plus temps d’essayer de revenir sur la façon dont victimes et coupables ont été instrumentalisés pour servir une vision du monde dont nous allons payer longtemps encore le prix, mais il n’est peut-être pas trop tard pour revoir un peu notre regard sur le 11/9 et ses conséquences.

À propos du 11 septembre, pour lequel on épuise tous les superlatifs, il n’est pas inutile de rappeler que ce n’est ni la première fois que le sol américain et New-York étaient visés par des terroristes islamistes, ni la première fois que ce mode opératoire était envisagé par ces mêmes terroristes.

Je fais toujours un bond quand j’entends dire dans les médias que le 11 septembre est une « première », un acte qui n’aurait jamais pu être imaginé avant qu’il ne se produise, tant ceci revient à donner une vision sensationnaliste de cet acte, certes très hors du commun, qui focalise uniquement sur la réussite de l’action en occultant le long enchainement des événements qui précèdent.

Il faut ainsi rappeler que le mode opératoire du détournement d’avions à des fins terroristes n’est pas nouveau, pas plus que n’était nouvelle l’intention de les utiliser afin de les lancer sur des villes ou des cibles emblématiques.

La chose fut tentée en 1994 avec le détournement d’un Airbus A300 d’Air-France par un commando des Groupes Islamiques Armés (GIA).

Sans les manoeuvres destinées à lui faire faire une escale à Marseille durant laquelle le Groupe d’intervention de la Gendarmerie Nationale (GIGN) mena une opération qui est restée depuis un modèle du genre, l’avion aurait été piloté par les terroristes vers Paris pour s’écraser contre la tour Eiffel avec l’ensemble de ses passagers…

Toujours dans un objectif d’une compréhension plus globale de ce qui s’est passé le 11 septembre, il faut rappeler l’existence de l’opération Bojinka, dont l’objectif n’était autre que de détourner et projeter – entre autres – sur la Maison blanche, le Pentagone et les Tours Jumelles plusieurs avions de ligne lors d’un détournement massif de plus de 10 aéronefs depuis l’Asie.

Quant à l’attaque de la ville de New-York, il convient, lorsqu’on veut fidèlement retracer les faits, de rappeler qu’un attentat a été commis en 1993 contre le World Trade Center, à l’instigation de Ramzi Youssef, terroriste islamiste pakistanais arrêté dans le cadre de l’opération Bojinka à laquelle il avait ensuite participé.

Pour boucler la boucle, il faut souligner que l’oncle de Ramzi Youssef, qui semblait nourrir une double obsession pour les détournements d’avion et le World Trade Center, n’est autre que Khalid Cheikh Mohammed, responsable des opérations extérieures d’Al-Qaida et planificateur de l’attentat du 11 septembre 2001.

Mêmes cibles, mêmes modes opératoires, mêmes instigateurs…

À bien y regarder, le 11 septembre ressemble ainsi bien plus, ne serait-ce que du point de vue opérationnel, à un enchaînement d’évènements avortés jusqu’à réussite de l’un d’eux qu’à un acte absolument nouveau, tant par ses préparatifs que ses objectifs.

Je vous fais grâce d’ailleurs, à ce sujet, de l’imposante liste des éléments entre les mains des nombreuses agences de l’époque qui auraient peut-être pu permettre de mieux anticiper la menace, ou encore des déclarations fracassantes de certains agents comme Mark Rossini sur les infos précises dont disposaient certains services peu avant l’attaque.

Sans prétendre qu’on aurait pu empêcher à coup sûr une telle action de ce produire – ceux qui me lisent régulièrement savent que j’évoque souvent le fait qu’on ne peux pas empêcher toutes les actions – il me semble qu’il est toutefois faux de mettre en avant la totale imprévisibilité d’une telle attaque, surtout quand on connait les moyens dont disposaient les États-Unis en la matière.

Et comme je crois qu’il faut toujours tenter de s’élever au dessus des évènements isolés pour voir le grand ensemble qu’ils constituent, je pense que nous devons aussi aux victimes du 11 septembre de revoir les conclusions qui ont été tirées alors dans un climat qui ne se prêtait guère à une analyse calme et dépassionnée des faits.

Quinze ans plus tard, ce n’est plus du tout à la même menace que nous faisons face, même si elle trouve toujours ses origines dans les agissements d’une organisation qui est le fruit de cette époque.

Nous sommes passés du terrorisme révolutionnaire d’Al-Qaida contre l’occupant Russe en Afghanistan qui s’est retourné contre les « infidèles et les croisés » à l’émergence au sein même de nos sociétés d’une sorte de contre-culture djihadiste soutenue depuis l’étranger par la propagande que Daesh a si bien su infuser au coeur même des pays occidentaux.

Au delà du conflit qui nous oppose à eux sur les régions qu’ils occupent, ce à quoi nous confrontent aujourd’hui nos adversaires est un combat beaucoup plus insidieux et difficile à mener car il contraint les forces de l’ordre des pays occidentaux à devoir faire face non seulement à l’infiltration de groupes entrainés et organisés pour commettre des attentats, mais surtout à un terrorisme interne d’une ampleur jamais atteinte.

Ce en quoi cette nouvelle forme de terrorisme est peut-être plus redoutable que ce que nous avons rencontré jusqu’alors, c’est qu’elle s’exprime à travers nos propres ressortissants, les plus faibles, les plus fragiles ou les plus sensibles aux propagandes djihadistes pour toutes sortes de raisons.

J’ai déjà écrit un article sur les différences entre la menace extérieure et celle de l’intérieur, cette dernière s’appuyant sur des processus de recrutement de plus en plus efficaces et rapides et que nous avons du mal à contrer car nous abordons encore la question avant tout sur le plan de la répression.

Nous prenant de vitesse une fois de plus, les organisations terroristes jouent et gagnent pour l’instant sur les deux tableaux : sociétal par le volet du recrutement et opérationnel par le passage à l’acte.

Si nous voulons tenir tête à une telle menace, il nous faut donc nous aussi affronter ces organisations de façon égale sur ces deux tableaux et mettre autant de moyens à lutter socialement contre la propagande et le recrutement de candidats au djihad terroriste que pour l’identification, l’arrestation et la condamnation de ceux qui se sont engagés dans ces processus.

Penser et mettre en place nos stratégies avec la profondeur nécessaire, anticiper et prévoir loin de l’émotion du moment, mettre tout en oeuvre pour qu’on ne puisse pas dire que nous aurions pu empêcher un acte d’une telle ampleur ou que nos actions ont participé à alimenter l’engrenage de la violence dont sont victimes aussi nos citoyens, c’est ce que nous au 11 septembre 2001.

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4 commentaires

  • Yannick 20 septembre 2016   Répondre →

    Les conclusions du rapport de la commission d’enquête ont été rédigées par un proche de la Maison blanche, il est basé sur des aveux obtenus sous la torture… et on peut en sortir des dizaines de faits de ce type…
    et après on s’étonne que la majorité des citoyens ont des doutes sur le 11 septembre.

  • Garneau Diane 19 septembre 2016   Répondre →

    Effectivement nous devons toujours nous souvenir des personnes décédées lors des attentats du 11 septembre 2001 causés par un attentat terroriste. j’espère que toutes ces personnes ont pus retrouver la paix dans l’au delà. Diane Garneau

  • Gilles Aerts 12 septembre 2016   Répondre →

    Excellentes réflexions comme d’habitude.
    Un commentaire: comment se fait-il que tant de journalistes soient si ignares, eux qui sont censés informer le public?

  • Garneau Diane 12 septembre 2016   Répondre →

    Merci Monsieur Berthomet votre blogue est toujours très pertinent et j’apprécie de pouvoir le lire à chaque fois et j’aimerais bien.vous voir en compagnie d’Isabelle Richer. Merci Diane Garneau

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