Dérive déontologique au PDQ 38 ?

Le policier Dimitry Harris, contre lequel une plainte a été déposée par une enseignante et un concierge d’école cette semaine n’en est pas à son coup d’essai.

Comme je le signalais dans mon article d’hier, le policier Dimitry Harris apparaît déjà au calendrier de comparution du comité de déontologie à la date de février de cette année.
Cela signifie qu’il se trouve impliqué dans une plainte considérée comme suffisamment importante et fondée pour que le dossier soit renvoyé devant la commission dont le jugement est en attente.
Pour mieux comprendre, il faut savoir qu’environ 95% des plaintes présentées au commissaire sont rejetées ou classées sans aller devant le comité.

Selon Radio-Canada, qui publie ce soir un article sur son site, cette plainte serait consécutive à une intervention au cours de laquelle une femme aurait été violemment projetée contre un parcomètre.

Mais ce n’est pas la première fois que ce policier a participé à une arrestation «contestable», pour employer un terme prudent. Voyez plutôt…

Le 11 mars 2011 lors du lancement organisé par une compagnie musicale, Marie Larocque s’est retrouvée dans une situation qui ressemble étrangement à celle du concierge et de l’enseignante d’hier.

Dans la rue, devant le lieu où se tenait l’activité qu’elle organisait avec un associé, Marie Larocque jette au sol un  mégot de cigarette.
Au même moment une autopatrouille passe non loin de là.
Les constables Richard Paquette et Dimitry Harris sortent de l’automobile et le policier Paquette s’adresse familièrement à la contrevenante pour lui dire qu’il va lui dresser une contravention tout en la traitant de « pollueuse » en la tutoyant.

Marie Larocque, qui se trouve sur un lieu de travail, ne veut pas de souci et s’excuse auprès des policiers.
Ceux-ci lui demandent alors de justifier de son identité et elle leur indique que ses documents sont dans une salle toute proche vers laquelle les deux policiers l’accompagnent.

Arrivés devant la porte d’une pièce exiguë, Marie Larocque demande aux policiers de patienter.
Le constable Paquette refuse et veut rentrer avec elle dans la pièce dont le sol est plein de sacs et d’effets personnels déposés par les participants à l’activité.

Alors qu’elle lui répond qu’elle ne préfère pas qu’il entre, le policier la prend par le coude pour l’entrainer de force dans une autre pièce où se trouvent des invités de l’évènement.

Au moment où elle pose sa main sur le bras du policier pour lui dire qu’il lui fait mal – elle explique avoir conservé une ecchymose durant trois semaines – celui-ci lui retourne le bras derrière le dos et procède à son arrestation devant tout le monde.

Alors que les gens s’étonnent de ce qui se passe, le constable Dimitry Harris donne un coup de pied sur une table.

Les deux policiers ramènent alors Marie Larocque vers l’auto et lui passent les menottes en la plaquant sur le capot de la voiture.
Celle-ci ne se souvient pas d’avoir été informée de ses droits et on ne lui dira que dans le véhicule qu’elle est accusée de voies de fait.
Ramenée au PDQ 38 elle sera libérée après avoir signé une promesse à comparaître.

S’en suivent presque trois années de procédure pour assurer sa défense qui lui coûteront près de 20.000 $.

Le 27 janvier 2014, elle a été acquittée en cour municipale.

Son associé, menacé par un autre policier du PDQ 38, a déposé une plainte en déontologie, qui s’est soldée par une entente amiable.

Depuis, Marie Larocque a fait une requête introductive d’instance en dommages pour tenter de récupérer une partie de la somme.

Pour une cigarette jetée au sol, une intervention brutale et disproportionnée, la vie de Marie Larocque a basculée dans un long et coûteux processus judiciaire.

Elle a du subir l’humiliation d’une arrestation sans ménagement devant les participants de l’activité qu’elle organisait.

Pour une cigarette jetée au sol, et aucune autre raison, puisqu’elle a été acquittée des accusations de voies de fait.

Combien de fois ce scénario se produit-il quand les policiers décident d’employer les grands moyens contre des citoyens ?

Combien de policiers du poste de quartier 38 sont « affectés » par cette tendance à user inconsidérément des pouvoirs qui lui ont été octroyés pour assurer notre sécurité ?

Il y a manifestement un problème au PDQ 38 – où travaillait l’agente 728 -, qui va le résoudre ?

– Paru au JdM le 13 juin 2014

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