Détresse policière

 Vous l’avez certainement lu il y a quelques semaines après le suicide de deux policiers, François Doré, blogueur au journal a raconté avec beaucoup de courage les démons qui l’ont conduit au bord du gouffre et Claude Aubin, blogueur au Huffington, a lui aussi partagé ses états d’âmes sur la question du suicide chez les policiers.

Les textes de ces deux anciens policiers ne sont pas si différents l’un de l’autre, ils parlent tous deux du sentiment de solitude et parfois de la détresse des hommes et des femmes qui œuvrent quotidiennement à la sécurité de leurs concitoyens. Des policiers qui restent, malgré la formation, l’entrainement et la structure qui devrait les entourer, des hommes et des femmes avec tout ce que cela comporte de force et de faiblesse.

L’appel de la mort qui frappe parfois les policiers québécois n’est guère différent de celui qui frappe tous les policiers dans d’autres pays ou corps de police. Vous seriez surpris de voir combien les motifs qui peuvent pousser des policiers anglais, espagnols ou français à commettre l’irréparable sont proches de ceux qui animent les tristes intentions des policiers de la SQ, du SPVQ ou du SPVM, pour ne citer que ces services.

Aux difficultés évoquées par F. Doré et C. Aubin pour ceux et celles qui se veulent être les gardiens de la paix, j’ajouterai un point qui ne me semble pas être assez souvent soulevé, c’est celui d’un profond sentiment d’impuissance parfois ressenti par les policiers dans l’exercice de leurs missions.

Contrairement à ce que peuvent penser certains qui me lisent ici, je suis convaincu qu’une grande partie des policiers et policières qui rejoignent les rangs des forces de l’ordre le font parce qu’ils souhaitent apporter la paix et la justice autour d’eux.

C’est pour cette raison que je l’avais fait moi-même et c’est quand j’ai compris que je n’atteindrais jamais cet idéal que j’ai quitté ce métier.

Car malheureusement le quotidien auquel les policiers sont confrontés est bien différent de ce à quoi ils aspirent.
Les directives aberrantes, les contraintes administratives, le laxisme de certains chefs et, tout simplement, la dure réalité de ce métier font que les choses ne se passent pas toujours comme nous le souhaiterions.

Pour une personne que l’on aide, on en voit sombrer dix.
Et ça, pour ceux qui veulent vraiment protéger et servir, c’est dur à accepter et ça vient frapper solidement vos idéaux. Certains se font très bien à cette idée et deviennent d’excellents « fonctionnaires » qui appliquent à la lettre les normes et les règles.

D’autres parviennent à faire la part des choses entre leurs idéaux et le quotidien du métier.

Mais certains, plus fragiles, plus sensibles à la détresse ou frappés eux-mêmes par la vie, ne parviennent pas à « dealer » avec ça.

Je ne veux pas ici à caricaturer, chaque personne qui se suicide a ses propres raisons et je viens d’un pays où quarante policiers se suicident chaque année…

Je tiens juste à apporter une modeste pierre à l’édifice que l’on devrait construire pour protéger les hommes et les femmes qui nous protègent. Les protéger autant que possible contre ces passages difficiles qui touchent chacun à un moment ou un autre. Ces instants où la tentation de la mort peut prendre le dessus sur l’instinct de survie, surtout quand on porte avec soi en permanence de quoi se la donner en toute simplicité.

J’ai connu plusieurs policiers qui se sont sont suicidés. Beaucoup trop.

Je fais partie de ceux et celles qui sont souvent critiques avec l’institution policière et les policiers ou policières qui se montrent indignes de la mission qui leur est confiée.
Mais je connais cette peine et ces frustrations qui montent en nous et s’accumulent à chaque fois que l’on s’est senti impuissant à aider ou sauver quelqu’un.
Je connais ce poids qui s’accumule un peu plus chaque jour sur les épaules de ceux et celles qui œuvrent sincèrement à aider et sauver les autres.

Je veux leur dire de ne pas lâcher prise quand ils croient que tout est perdu et d’aller chercher de l’aide, du soutien, du secours… d’aller parler à un ami, un collègue, de rejoindre une association.

De ne pas laisser la mort et le silence gagner.

Comme nous sommes parvenus à le faire… François, Claude, moi et tant d’autres qui avons dû, nous-aussi, affronter nos démons.

– Paru au JdM le 25 avril 2014

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