Discipliner la discipline

Le dernier dossier en date impliquant un policier du PDQ38 met une nouvelle fois en lumière la dérive déontologique qui frappe certains policiers et plus particulièrement certains postes de police.

En mars 2013, Alain Gagnon, alors nouveau chef du PDQ38, évoquait dans une entrevue l’ère post matricule 728 en disant qu’il souhaitait rétablir le dialogue avec le public.

Dans l’entrevue qu’il donnait, il ne parlait à aucun moment de la responsabilité ou de l’imputabilité des policiers et des mesures disciplinaires qui devaient inévitablement les encadrer pour que l’épisode de l’agente 728 ne se reproduise pas. Au contraire, regrettant l’attention médiatique causée par l’agente 728 – et non le comportement de cette dernière -, il disait :

«Mon mandat, pour les prochains mois, c’est de mieux faire connaître le travail des policiers et, par le fait même, les responsabilités des citoyens. Souvent, ceux-ci ne comprennent pas notre fonction. Ils s’immiscent [dans nos interventions] et critiquent notre travail, alors que les agents sont légitimés dans leurs actions. Il ne faut pas toujours se fier aux perceptions que l’on peut avoir ».

Il n’est pas difficile de comprendre le message entre les lignes…
Si vous êtes citoyens, sachez que vous comprenez mal le travail des policiers.
Si vous êtes policiers, sachez que vous êtes «légitimés dans vos actions» et que ce sont les citoyens qui ne vous comprennent pas.

Avec un tel discours dans la presse, à quoi doit-on s’attendre dans le huis clos du poste de police ?

L’agente 728 a mal agi plusieurs fois à la vue de tous les autres policiers qui étaient présents au moment du gazage en pleine rue, puis de ceux qui sont venus lui prêter assistance dans son arrestation musclée de « gratteux de guitare ».

L’agent Harris était le coéquipier de l’agent Paquette lors de l’intervention musclée de 2011 qui a menée une citoyenne à trois années de procédure pour enfin être acquittée de voies de faits que l’on peut qualifier d’injustifiées.
Cette journée là, plusieurs policiers sont venus en renfort et on participé à cette intervention.

L’agent Harris et sa collègue ont reçu l’assistance de près d’une douzaine d’autopatrouilles lors de l’arrestation musclée de l’école Au pied de la montagne et le policier est aussi impliqué dans un cas de brutalité filmé et visionné plus de 120.000 fois sur Youtube.

Où sont les sanctions ? Où sont les avertissements pour ne pas que cela se reproduise ?
Quelles sont les garanties pour les citoyens et les bons policiers que les brebis galeuses soient définitivement écartées de ce métier qui demande patience, intelligence, bon sens et bon nombre d’autres qualités.

La réponse est : déontologie et discipline interne.

Deux systèmes qui ont désormais clairement montré leur inefficacité, le premier parce que moins de 3% des plaintes arrivent devant un comité qui donne une peine bonbon aux quelques cas isolés qui arrivent au bout du processus et le second parce qu’il n’est pas transparent et n’offre aucune garantie d’indépendance.

La solution est pourtant simple : retirer des mains des policiers la discipline et la déontologie comme les enquêtes indépendantes pour placer toutes ces investigations sous la direction d’un bureau indépendant.

Tant que l’on continuera de croire qu’un système disciplinaire morcelé, muselé et opaque constitue la bonne réponse aux dérives des policiers qui perdent le fil déontologique, il faudra s’habituer à voir des vidéos comme celle dans laquelle on voit en action le policier Dimitry Harris.

– Paru au JdM le 14 juin 2014

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Un commentaire

  • bisbille101 7 juillet 2014   Répondre →

    Il y a la théorie et la pratique. Force est de constater que ces deux principes ne cohabitent pas toujours harmonieusement. En théorie, les policiers recoivent les plaintes, effectuent les vérifications d’usage et par la suite procèdent à l’arrestation de la personne suspecte munis d’un mandat au terme de l’enquête dans la mesure où cette dernière s’avère concluante. Or, dans le domaine spécifique de la ‘violence conjugale’ aucune enquête n’est requise et tous les hommes ciblés par une plainte sont automatiquement privés de leurs droits fondamentaux avant d’être jetés en cellule et de comparaître ultérieurement devant un juge complice de la forfaiture qui ordonnera son expulsion du domicile familial sans autre forme de procès. Ce désordre procédural n’est probablement pas étranger à la véritable culture d’impunité qui règne au sein des différents services de police de cette province. Afin de rétablir un peu d’ordre dans ces services, il importe de répudier l’infame ‘politique d’intervention en matière de violence conjugale’ adoptée sans la moindre discussion publique dans le milieu des années ’80 sur la base d’un grossier mensonge tel que démontré hors de tout doute raisonnable dans le bouquin publié en 2010 aux éditions Café Crème et intitulé ‘300 000 fermmes battues, y avez-vous cru?’ dont je ne saurais trop vous recommander la lecture afin de nourrir votre rélexion au sujet de nos institutions.

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