Faire – et défaire – la loi

Je ne pouvais pas rester silencieux devant la démonstration faite par des pompiers et aussi semble-t-il des policiers qui sont venus occuper la rue face à l’hôtel de ville à grands renforts de sirènes et gyrophares.

Uniformes brûlés, voie publique bloquée, incendie en pleine rue et jets d’eau sur les murs de l’hôtel de ville étaient au menu de cette manifestation dont tout le monde se demande aujourd’hui si l’itinéraire avait été communiqué comme il se doit.

À en croire les réponses de M. Francoeur, le Pdt de la Fraternité des policiers, disant que toutes les manifestations ne donnent pas leur itinéraire, on peut facilement penser que celle-ci non plus.

Comme le souligne mon confrère du journal François Doré dans son billet à ce sujet, il n’est pas possible de faire respecter la loi et la braver quand vient le temps de défendre ses propres intérêts.

Surtout quand on voit avec quel zèle le SPVM a réprimé ces derniers mois des manifestations bien moins bruyantes et agitées.

Surtout quand on se souvient qu’au début du mois de mai un jeune homme a été arrêté parce qu’il avait déposé au sol un papier sur lequel était écrit une phrase pacifique.

On m’avait alors expliqué du côté policier que polluer la voie publique était interdit et que, bien entendu, cette arrestation n’a rien à voir avec le fait que ce jeune homme soit celui qui avait filmé un policier en train de menacer un itinérant.

On imagine ce qui se passe dans l’esprit des milliers d’arrêtés des deux dernières années dans des souricières, arrestations en plein rue en vertu du 500.1, quand ils assistent aux débordements auxquels ont participé des policiers sous le regard bienveillant de leurs collègues.

Le même jour que cette manifestation plutôt intimidante, une jeune femme pas vraiment intimidante se faisait arrêter pour « intimidation » sur les marches de ce même hôtel de ville.

Il ne peut pas y avoir deux poids et deux mesures, il ne doit pas y avoir démesure.

La radicalisation vient aussi du sentiment d’injustice et il sera difficile de nier que tous les ingrédients ne sont pas réunis pour qu’il naisse dans les esprits les plus calmes.

La police ne peut faire et défaire les règles qu’elle applique.

C’est pourtant bien ce à quoi nous assistons depuis le printemps 2012.

–  Paru au JdM le 18 juin 2014

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