Gouverner c’est prévoir

« Nous croyons que lorsque nous coupons vos têtes, déchiquetons vos corps et vous dispersons, nous faisons œuvre de dévotion qui nous rapproche de dieu et nous obtempérons à ses paroles. »
[Antar Zouabri, chef du GIA au moment des attentats de 1995/96 en France]

Quiconque était présent à Paris ces années là se souvient de la vague d’attentats qui secoua la capitale entre juillet et octobre 1995 et du dernier attentat commis en décembre 1996, le tout faisant 12 morts et plus de 250 blessés.

À part une série de braquages et une  tentative d’attentat par un groupe djihadiste terroriste dit « Gang de Roubaix » en mars 1996, la France ne connaitra plus aucun attentat provenant du terrorisme islamiste pendant de nombreuses années.

Ce sera ensuite l’avènement d’une nouvelle menace terroriste qui ira d’actions isolées à des actes organisés et préparés par plusieurs individus, dont certains s’étaient d’ailleurs rapprochés des participants à la vague d’attentat de 1995, reliant ainsi – comme dans un étrange retour aux racines du mal – les émules d’Al-Qaïda et de daesh aux mentors des groupes islamiques armés algériens.

Successivement les services policiers assisterons aux départs et aux retours de certains jeunes, dès les années 90, de la Bosnie à l’Afghanistan, puis de l’Irak à la Syrie, qui iront successivement sur ces terrains d’entrainement pour les futurs recruteurs djihadistes, modèles et inspirateurs de leurs compatriotes qui s’auto radicalisent dans le même temps sur le territoire français.

Le danger n’est donc pas nouveau, il a muté et s’est transformé au fil des années sans que jamais vraiment la France ne sorte de l’objectif des différents réseaux djihadistes terroristes jusqu’à l’arrivée en force de Daesh.

Quand, au début de l’été 2014, Daesh a annoncé la « restauration du califat », nombreux sont ceux qui y ont vu l’occasion de se rassurer sur le fait que les terroristes allaient s’en tenir à des visées territoriales sans chercher à porter le fer sur les terres de mécréance que sont la France, les États-Unis et – entre autres – le Canada.

Cette analyse, fondée en partie sur la comparaison entre Al-Qaïda et Daesh, omettait deux points essentiels, le premier étant que la plupart des organisations terroristes de ce type exportent leur violence chez leurs adversaires désignés et le second que l’on a cru que les quelques mois d’existence de Daesh étaient le modèle d’une stratégie unique, qui ne risquait ni d’évoluer ni de changer sous l’influence des différents courants et individus qui composent le mouvement.

Du point de vue de l’analyse du risque au niveau intérieur, il ne faut pas être devin pour constater, en regardant le tableau en tête de cet article, combien la radicalisation est devenue un problème endémique en France.

Cette radicalisation n’est pas née d’hier et ne s’est pas faite sans signes avant coureurs… Nous y reviendrons.

Plusieurs dizaines de départements font face à plus de cinquante cas de radicalisation signalés en un an… Et nous ne parlons ici que des cas signalés.

Il est évident, à la lecture de la carte de France de la radicalisation établie entre avril 2014 et mai 2015, que cette situation aurait dû susciter une action bien plus importante que ce qui a été mis en oeuvre de la part des autorités.

Pire encore, après les attentats de Charlie Hebdo et l’Hyper Casher le gouvernement avait promis une réponse importante en termes de moyens et d’effectifs pour les policiers, or cela n’a pas été fait à la hauteur des promesses faites. Loin de là, j’y reviendrais aussi.

Pour être franc, je doute que ces moyens, s’il avaient vraiment été mis en œuvre, aient pu avoir changé quoi que ce soit face aux actions terroristes qui ont été menées tant le retard accumulé était important et tant on demandait aux policiers de réaliser pratiquement l’impossible, à savoir faire un sans faute face à une menace continuelle et qui montait en puissance.

Signalons enfin ces informations révélées après les attentats par le juge Trévidic qui disait à propos d’un terroriste passé dans son bureau :

«Le dernier que j’ai vu c’était mi-août et on lui avait demandé de faire un attentat dans un concert de rock. » 

Ajoutons à cela les récentes déclarations de certains partenaires européens qui déclarent avoir avertis la Belgique de l’existence d’une menace et font état d’une liste de noms dans laquelle figurent plusieurs des hommes impliqués dans les attentats.

Au vu de ces éléments extrêmement précis qui ont, compte tenu du système français, obligatoirement été portés à la connaissance des plus hautes autorités de l’état, il serait important de savoir si le ministère de l’intérieur avait pris ne serait-ce que des mesures spécifiques et pratiques au vu de cette menace, comme émettre une notice d’information à l’attention des policiers de terrain pour les sensibiliser et les préparer à mieux réagir le moment venu.

Il semble malheureusement qu’il n’en est rien et que non seulement le gouvernement français a manqué de jugement dans la conduite stratégique du pays face à cette menace, mais qu’en plus, au niveau le plus opérationnel, on a été incapables d’utiliser correctement le dispositif existant pour faire face aux éléments qui étaient connus des autorités.

Vous pourriez aussi aimer

2 commentaires

  • Louise Vallée 27 novembre 2015   Répondre →

    Monsieur Berthomet
    je vous félicite pour la qualité et la pertinence de votre analyse.Donc ,les services de Police avaient en main tous les outils pour prévenir ce massacre.
    Mais ,ne serait-ce pas pour les états une façon d’amener les citoyens du monde à accepter des mesures de sécurité et de guerre,qu’autrement ces mêmes citoyens refuseraient.(la peur)

  • slf 26 novembre 2015   Répondre →

    Bien dommage et bien réaliste malheureusement…Souhaitons une vraie prise de conscience et des actions concrètes de la part du gouvernement qui permettent des avancées via la société civile (associations, travailleurs sociaux, éducateurs souvent découragés et peu entendus).

Laisser un commentaire