Main avec des écouteurs

L’art du documentaire en balado

Une étude récente menée pour l’Association des réalisateurs et réalisatrices du Québec (ARRQ) dresse un tableau peu encourageant de l’univers du documentaire audiovisuel au Québec. En matière de balados, c’est pourtant tout le contraire.

Photo : Daniel Fontenele | Unsplash

Le constat est clair : les balados documentaires comptent parmi les contenus les plus écoutés au Québec ces dernières années. 

Des preuves ? De l’exceptionnel Chemin de croix au troublant L’affaire Jolivet (qui font partie de la série de balados Histoires d’enquêtes de Radio-Canada), en passant par le passionnant Le casanova de Montréal de QUB Radio ou encore le touchant L’écorce et le noyau produit par Magneto, les exemples ne manquent pas. 

Souple et efficace

Moins complexe à réaliser qu’un documentaire télé, le documentaire audio permet de documenter plus facilement un sujet tout en offrant aux auditeurs un contenu aussi passionnant et complet, et ce, à une fraction du coût de production. 

En outre, puisque le format permet une écoute « à la carte », les auditeurs et auditrices ne manqueront pas une miette de telle ou telle enquête, même si elle s’étale sur plusieurs heures d’écoute. 

On peut donc prédire sans prendre de gros risques que le documentaire en balado a de beaux jours devant lui et qu’il occupera une part de plus en plus importante de la production audio. 

> LIRE AUSSI :
La baladodiffusion a le vent dans les voiles d’un océan à l’autre

L’ABC du documentaire audio

Si tout cela vous donne envie de faire du documentaire audio, ne croyez pas pour autant que tout sera facile. Il y a certaines règles à suivre, à commencer par trouver le moyen de captiver vos auditeurs, et ce, même si vous racontez le réel.

Premier conseil, n’allez pas chercher votre sujet trop loin. Celui-ci doit vous apparaître comme évident. Vous devez avoir une profonde et sincère envie de la raconter, car vous allez vivre avec lui pendant de nombreux mois et vous risquez d’avoir à le creuser bien au-delà de ce que vous pouviez imaginer au départ. 

Recherche, invités et scénarisation

Une fois votre sujet trouvé, vous devez vous consacrer à une recherche poussée. Ne négligez aucune source d’information, que ce soit en fouillant dans des archives ou en interrogeant des témoins ou des personnes impliquées. 

Après une recherche sérieuse et la sélection rigoureuse des participants, la scénarisation est l’étape la plus importante.

Pour écrire mes propres enquêtes, j’ai étudié la construction de nombreuses séries télévisées. J’en ai d’ailleurs déjà parlé dans un précédent article

J’ai aussi analysé les techniques de storytelling conceptualisées par les plus grands, tels que Vogler ou Campbell. Pour ma part, je construis toujours mon plan de série comme un scénario en m’appuyant sur un découpage détaillé en épisodes. 

Participants et enquête

J’attache beaucoup d’importance au choix des participants. Chacun doit avoir une place et un rôle à jouer clairement défini dans l’histoire. 

De plus, j’accorde une importance particulière à mon enquête, au cours de laquelle j’essaye de suivre toutes les pistes, d’envisager toutes les hypothèses et de vérifier tous les détails, même les plus infimes.

C’est souvent de ces pistes secondaires ou de recherches que j’aurais pu négliger si j’avais été moins soucieux du détail que sont sortis les éléments nouveaux de mes enquêtes. 

Dans mon dernier podcast, Dupont l’incorruptible, j’ai cherché pendant des mois à vérifier l’existence d’un chalet qui était au centre de l’affaire. Pour cela, j’ai rencontré sans succès des dizaines de témoins à Champlain et ses environs.

La confirmation de l’existence du chalet est finalement sortie tout à fait par hasard, de la bouche d’un homme que les frères Dupont connaissaient depuis longtemps. Une piste que j’aurais facilement pu négliger tellement elle semblait improbable et ténue lorsque j’en parlais avec Jacques et Robert Dupont.

Par ailleurs, quand il s’agit d’enquêtes, il est important de souligner qu’un bon documentaire est avant tout le fruit d’une série de choix difficiles à faire pour décider, de la façon la plus sincère qui soit, de garder les éléments les plus forts et les plus justes afin de raconter l’histoire la plus passionnante possible. 

La réalisation, une étape cruciale 

Il faut enfin savoir que le plaisir qu’on peut avoir à écouter un balado documentaire réside au moins autant dans la réalisation que dans les autres phases de la création du balado.

Dans ce domaine, j’ai la chance de bénéficier du travail extraordinaire de Cédric Chabuel, dont la participation va bien au-delà d’un « simple » travail de réalisation. C’est sous son impulsion que nous avons poussé plus loin le « décor » sonore de nos productions et c’est d’une vision commune qu’est sortie l’ambiance très immersive de nos productions. Ensemble, nous mettons en place chaque pièce du puzzle audio que nous offrons ensuite à nos auditeurs.

En somme, vous pouvez constater que la recette d’un bon balado documentaire ressemble beaucoup à celle d’un documentaire pour la télé.

Et c’est certainement aussi pour cela que le balado s’imposera sans aucun doute dans les prochaines années comme le digne successeur du documentaire audiovisuel. 

Vous pourriez aussi aimer

Un commentaire

  • Robert Dupont 25 février 2021   Répondre →

    Salut Stéphane . Oui pour le balado , mais un documentaire avec des images , des personnes , les lieux , la preuve visuel etc. est pour plusieurs encore la façon de dénoncer , c ‘ est mon avis suite aux reportages auxquelles nous avons participé !!

Laisser un commentaire