Le vol MH370 sous enquête

Alors que se confirme la piste du détournement que j’avais évoquée dès les premières journées de la disparition de l’avion, certains éléments récemment mis à jour dans les médias sont suivis d’analyses qui me semblent pour le moins hâtives, quand elles ne sont pas erronées.

Enquête sur les pilotes

Prenons, par exemple, le fait que le domicile du pilote soit perquisitionné.
Dans le contexte de la disparition de cet avion, c’est tout à fait normal.
Depuis le début de la semaine – date à laquelle la Malaysian Airlines savait sans nous le dire que l’avion avait volé après sa disparition des radars – une enquête interne aurait du être ouverte au moins sur les membres d’équipage.
Leurs dossiers, états de service, vie personnelle et tout ce qui peut en dire un peu sur eux aurait du être enquêté.

Élargissement des recherches… judiciaires

D’autre part, dès qu’il apparaissait que cette disparition comportait des éléments de nature criminelle, une enquête judiciaire devait être ouverte avec élargissement des investigations à l’ensemble des passagers.
Dans le cadre de cette enquête il est absolument normal que les domicile des pilotes et même d’autres membres d’équipage puissent être perquisitionnés.
Dans cette situation, il est absolument logique que leur vie soit passée au peigne fin.

Facturation détaillée des portables, activité sur le web, étude des comptes bancaires, emploi du temps… tout doit être vu et vérifié.

Enquêter c’est aussi innocenter

C’est terrible, parce que cette démarche semble désigner les personnes qui en font l’objet comme des coupables potentiels, pourtant n’oublions pas que l’enquête judiciaire fonctionne à charge ET à décharge et qu’ainsi, en s’assurant que le pilote et le copilote n’ont rien à se reprocher, on peut vraisemblablement écarter leur piste et se consacrer pleinement à d’autres.
Faire des enquêtes, c’est émettre des hypothèses en fonction d’une vision partielle ou parcellaire d’une situation pour essayer de la comprendre et d’en identifier les responsables.
Dans une enquête judiciaire, personne ne tire de conclusion, tout le monde cherche des preuves.

Sauter aux conclusions

Parlant de conclusions, je ne suis guère surpris que certains fassent des liens plus que douteux entre les convictions religieuses des pilotes – supposées, puisque personne ne nous a encore assuré de cela – et la piste du terrorisme islamiste.
Mon collègue du journal, William Raymond, faisait état avec beaucoup de précautions des déclarations d’un agent du milieu antiterroriste américain qui lui disait ceci : « C’est un religieux. Un Musulman dévoué… Qui, à sa manière, en tuant tout le monde, a fait son jihad».
Voici, pour moi, l’expression même du raccourci à ne pas commettre quand on est un spécialiste de ces questions.

Si les jihadistes sont des musulmans islamistes, tous les musulmans ne sont pas des jihadistes.

Oui, les attentats islamistes sont commis par des musulmans radicalisés, des intégristes qui considèrent le jihad comme le moyen d’étendre la domination de l’islam et d’atteindre l’objectif ultime : la califat mondial.
Mais, dans un un nombre significatif de cas, beaucoup de terroristes n’étaient ni religieux, ni même croyants avant de rencontrer un recruteur islamiste qui avait fait d’eux de parfaits islamistes et de bons apprentis terroristes en quelques mois et avec quelques sourates savamment utilisées.
Surtout, ce n’est pas parce qu’on est musulman que l’on est un terroriste.
Malheureusement, si les agents du contre-terrorisme américain étaient tous de fins analystes, ça se saurait !

Enfin, pour être honnête, je dois dire que si je dois privilégier l’une des pistes du détournement, ce sera effectivement celle de la prise de contrôle de l’avion par l’un des pilotes.
Pas parce qu’il est musulman, mais parce que certains éléments objectifs du dossier me laissent penser que c’est l’hypothèse la plus crédible.

Nous faisons ici face à une double enquête, celle pour rechercher l’avion et celle pour trouver les auteurs éventuels de cette disparition.

Et il y a fort à parier que solutionner l’une, sera solutionner l’autre.

– Paru au JdM le 16 mars 2014

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