L’ex policier Roberge veut-il une entente ?

DÈS LE DÉBUT…

L’ex policier Benoît Roberge est-il en train de se magasiner une entente ?
Dès son arrestation, on m’a rapporté qu’il avait évoqué l’idée d’une entente mais que les policiers étaient tellement furieux de ce qu’ils venaient de découvrir, que le sujet avait été mis de côté.
Malgré tout, l’implication de Benoît Roberge dans un nombre important de dossiers clefs en font un homme désormais devenu dangereux pour le système.
La « sainte colère » de ses confrères et de quelques membres du système de justice au moment de son arrestation est-elle en train de céder la place au pragmatisme et à la gestion de crise ?

DES ACTES CRIMINELS AVANT 2010 ?

On nous dit aujourd’hui que les activités criminelles de Roberge remontent à 2010…
Pourquoi pas avant ?
Imaginez que Benoît Roberge soit impliqué dans d’autres dossiers bien avant cette date.
En quoi cela serait-il surprenant ?
Benoît Roberge aurait-il noué des liens aussi étroits avec le milieu qu’il était censé combattre en seulement deux ans avant son départ à la retraite ?
Beaucoup trop d’indices penchent dans le sens d’une implication bien plus ancienne dans le milieu criminel. Pour les curieux, relisez le billet que j’avais écris au sujet des dossiers « étranges » auxquels Benoît Roberge avait été mêlé.
Il ne serait pas surprenant que l’on soit plus proche de 2000 que de 2013 !

DE VIEUX DOSSIERS

Et si Benoît Roberge déballait des années de corruption et de compromission avec le monde criminel, quels seraient les dégâts pour la police et la justice ?
Ils seraient terribles !
Car Roberge n’est malheureusement pas le « cas isolé » dont on nous parle et il existe d’autres dossiers de policiers corrompus qui œuvraient dans les Équipes Régionales Mixtes de l’époque, qui se sont réglés sous le manteau.
Avant les années 2000 même, des délateurs se sont plaints des pratiques criminelles de certains policiers en charge de leur gestion et surtout de malversations au sujet des fameuses « primes » qui leur étaient remises… partiellement. Je parle ici de dossiers dans lesquels des policiers tels que Roberge, ceux des mêmes unités étaient impliqués.
On dira alors que ces informateurs ne sont pas fiables et qu’ils veulent se venger. Ce ne sont que des voyous !
Des voyous qui sont pourtant assez bons pour envoyer en prison des wagons entiers de Hells Angels lorsqu’ils témoignent dans les méga-procès !

PAS D’ENQUÊTE PRÉLIMINAIRE

En renonçant à son enquête préliminaire, Benoît Roberge donne maintenant le signal d’une entente à venir.
Il n’avait pas intérêt à voir défiler les éléments à charge et s’offre par la même occasion un outil de négociation.
Les procureurs ne souhaitent pas non plus voir s’ouvrir la boite de Pandore d’où sortiraient des noms, des faits et des jugements qu’il vaut certainement mieux laisser là où ils sont.
Ce serait, finalement, un deal gagnant pour tout le monde.

DIRE LE DROIT OU LA VÉRITÉ ?

Dire le droit est une chose, mais cela ne revient pas toujours à dire l’entière vérité qui se cache parfois derrière le paravent des décisions négociées.
Car, contrairement à ce que le système dans lequel nous sommes à tendance à nous le laisser croire, il n’y a pas que deux parties à la justice.
Les citoyens aussi sont les acteurs de ce système et ils ont le droit de savoir.
La justice a le devoir de faire la lumière et nous éclairer sur ces situations.
Refuser d’aller au fond du problème et de gratter la plaie, même si cela fait mal, c’est accepter de laisser certains faire perdurer le système.
La compromis n’est-il pas l’ennemi de la vérité ?

Il est temps que la justice fasse preuve d’un peu d’aveuglement plutôt que de trop de lucidité molle, afin que nous connaissions enfin la nature et la profondeur réelle du mal qui a gangréné des années durant des groupes entiers de policiers.

– Paru au JdM le 24 février 2014

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