Made in France

J’ai regardé le film Made in France la semaine passée avec en tête le fait qu’il avait été déprogrammé des cinémas français à cause des attentats qui avaient frappé Paris juste avant sa sortie.

À la fin du film, j’en suis arrivé à la conclusion que s’il était sorti ne serait-ce que six mois après les attentats, je pense qu’il aurait été très utile à beaucoup de gens d’aller le voir.

Il faut, avant de parler du film, rappeler une évidence : un film seul ne peut rendre compte d’un phénomène global, complexe et multicausal, sur lequel les chercheurs bataillent depuis des années sans pouvoir le définir clairement.

Ceci étant dit, Made in France, est un excellent film qui a le mérite de s’être attaqué de front à un sujet extrêmement difficile, sans être tombé dans le piège de la mièvrerie ou du manichéisme.

On reconnaît d’ailleurs bien là le style de Nicolas Boukhrief qui est l’auteur du film Le convoyeur où l’on traite aussi le drame à hauteur d’homme et où le  jeu des acteurs rejoint une recherche sincère du vrai dans l’écriture du scénario et la mise en scène.

À ce sujet d’ailleurs, Made in France pourrait parfois presque passer pour un documentaire tant les parcours, les motivations et les vies des membres de la cellule terroriste mise en scène dans le film se rapprochent d’une certaine réalité.

Ce n’est pas faire insulte au film que de parler de cet aspect documentaire car je suis convaincu que Boukhrief a beaucoup travaillé, et s’est bien entouré, pour comprendre et illustrer les trajectoires sordides de ses personnages.

On peut comprendre alors que le film ne plaise pas à tous et toutes tant il ne cherche pas à montrer les jeunes terroristes comme des salauds en puissance, mais comme ce qu’ils sont plus souvent qu’on ne le croit, c’est-à-dire de pauvres types égarés entre violence, manipulation et recherche d’un idéal.

La tension qui se déploie lentement mais sûrement tout au long du film fait de Made in France un excellent polar social, froid et cruel, dont personne ne sort totalement indemne.

Le personnage de Sam, qui est le fil conducteur de l’histoire, me rappelle le constat auquel j’étais arrivé après quelques années de terrain dans la lutte antiterroriste : la violence terroriste est une machine à broyer des hommes et pas seulement les candidats au djihad, leurs familles et leurs amis, mais aussi ceux et celles qui luttent contre elle avec parfois les moyens du bord et se voient contraints d’employer des méthodes qui les obligent à renoncer aux valeurs mêmes qui dirigent pourtant leurs efforts.

En conclusion, allez voir ce film qui en dit beaucoup plus sur le terrorisme et ses acteurs que ce qui s’étale dans bon nombre de vos journaux à longueur d’articles et n’oubliez pas que, comme le disait François Truffaut : « Le cinéma est un mélange parfait de vérité et de spectacle ».

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2 commentaires

  • Gilles Aerts 20 avril 2016   Répondre →

    Vos articles sont toujours intéressants et j’admire votre maîtrise de la langue française. Cordialement, Gilles Aerts

  • Audet 20 avril 2016   Répondre →

    Tres éclairant! Merci a vous!
    Intéret pour moi le voir ce film!

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