MH370, perdu en plein ciel

VOLATILISÉ EN PLEIN CIEL

C’est la question qui tourne en rond dans les médias, comment un avion peut-il ainsi se « perdre » en plein ciel ?
Voilà plus 48h que le vol MH370 a disparu et l’impatience gagne le gouvernement Chinois qui presse les autorités Malaisiennes de faire plus pour retrouver cet avion qui a disparu des radars vendredi dernier.
Ce qui intrigue le plus évidemment, c’est l’absence de message de la part des pilotes de ce vol, qui laisse supposer un accident soudain et de grande envergure.

QUITTER LE RADAR

Contrairement à ce que l’on peut penser, les avions ne sont pas suivis à la minute près par les radars durant tout le vol, ils ne le sont avec précision que dans les zones à forte concentration d’avions afin d’éviter les collisions.
Au moment de quitter cette zone, le pilote reçoit les coordonnées de sa route et des points de contrôles auxquels il doit prendre contact par radio haute fréquence avec les contrôleurs aériens.
En dehors de ces zones, au dessus d’un désert ou d’un océan par exemple, l’avion fait sa route en envoyant des données de vol avec une régularité qui varie en fonction des équipements à son bord.
Le vol MH370 a soudainement quitté les radars civils ce qui explique les difficultés à le localiser avec précision, comme ce fut le cas avec le vol d’Air France Rio-Paris, qui avait disparu en 2009 dans ces circonstances un peu similaires.

LES DONNÉES ACARS

Cependant l’avion n’est pas totalement « muet » puisqu’il existe un système de transmission des données en vol, appelé ACARS.
Il s’agit d’un flot d’informations de maintenance, transmises au fil du vol par satellite, à une fréquence d’une dizaine de minutes.
Cet avion de Malaysia Airlines était-il équipé de ce système ?
Les autorité Malaisiennes se sont refusées à commenter ce point, ce qui irrite le gouvernement Chinois dont les ressortissants composent l’immense majorité des passagers de ce vol.
En l’absence de ce type de données, on s’en remettra au dernier contact radio.
Avec le vitesse de croisière d’un avion de ce type, plusieurs centaines de kilomètres auront été parcourus entre les contacts ACARS toutes les dix minutes et plus encore entre les messages radio qui interviennent autour des 30 minutes.
Ceci peut donc expliquer ce délai avant localisation de l’épave.

AUCUN MESSAGE DE DÉTRESSE

Un point intriguant, que celui de l’absence de message par radio ou de message de S.O.S. par le vol MH370.
Pour le premier point, on peut imaginer que les pilotes ont été empêchés de passer un tel message, soit par manque de temps – explosion soudaine – soit parce que l’avion était sous le contrôle de terroristes.
Pour le second il faut savoir que les balises de détresse émettent en en très haute fréquence (VHF) et ont une portée inférieure à 300kms.
Sans système pour recevoir le message dans ce rayon, un bateau ou un autre avion, celui-ci se sera perdu.
Évidemment, on peut aussi penser que les balises ont été instantanément détruites en plein vol, empêchant la transmission de quelque message que ce soit.

LA PISTE TERRORISTE

Ajoutons à ces éléments ceux des passeports déclarés perdus ou volés (ce n’est pas clair car tous les services de police ne font pas forcément la différence lors d’une déclaration du propriétaire) au même endroit, Phuket, à dix-huit mois d’intervalle et le fait que les deux hommes qui utilisent ces passeports auraient acheté leurs billets ensemble et nous voilà face à la piste de l’acte terroriste.
Une piste qui ne doit pas nous écarter de l’hypothèse, très improbable tout de même selon les spécialistes en aéronautique, d’une explosion en plein vol qui ne soit pas consécutive à un acte terroriste.
Ceci dit, le Boeing 777 est réputé pour sa fiabilité et moins de 10% des accidents arrivent durant une phase de vol.
Il serait enfin extrêmement surprenant que dans de telles circonstances, aucun membre d’équipage n’ait pu contacter les contrôleurs par radio, même si la priorité en cas d’incident à bord reste de tenter de conserver la maitrise de l’avion avant d’entreprendre un contact radio.

LES HYPOTHÈSES TERRORISTES

Restent alors trois autres hypothèses :

– Celle d’un acte volontaire, du pilote ou du copilote, qui aurait décidé de jeter l’avion dans l’océan.
C’est la cause retenue par les autorités américaines dans le cas du vol 990 d’Egypte Air en 1999, tandis que les Égyptiens attribuent l’écrasement de cet avion à une défaillance technique.

– L’explosion d’une bombe en plein vol, détruisant l’avion instantanément.
Comme dans le cas de l’attentat contre le vol 103 de la Pan Am en 1988 qui s’est désintégré en plein vol au dessus de la ville de Lockerbie, causant près de 300 morts.
On peut facilement penser que les deux passagers ayant embarqué sous une fausse identité aient pu faire monter une bombe à bord de l’avion, que ce soit en cabine ou en soute.
Ceci expliquerait peut-être le choix de l’aéroport de départ en fonction de règles de sécurité moins sévères qu’en Europe ou aux USA par exemple.

– La prise de contrôle du vol par des terroristes.
On revient ici sur le scénario bien connu du 11 septembre 2001 et même si nous ne sommes plus du tout dans les mêmes conditions de sécurité, puisque de nombreux systèmes ont été mis en place à bord des vols depuis, cette hypothèse reste très plausible.
Le 11 septembre 2001 n’est pas le seul cas de scénario de détournement d’avion et plusieurs autres tentatives ont été empêchées avant et après.

Des suppositions qui vont rapidement se confirmer ou s’infirmer, principalement en fonction de l’identification des deux passagers suspects, mais aussi de la découverte des débris et de l’épave de l’avion avec sa boite noire.

À suivre donc…

* L’auteur de cette chronique a exercé plus de dix ans dans le domaine des enquêtes antiterroristes et participé à plusieurs dossiers liés à des détournements d’avions.

– Paru au JdM le 10 mars 2014

Vous pourriez aussi aimer

Laisser un commentaire