Police : repenser l’intervention

AVIS SUR TROIS MORTS À TORONTO

La nouvelle est presque passée inaperçue.
À Toronto une enquête du coroner vient de mener à des conclusions relatives aux interventions policières après la mort de trois personnes tuées par des policiers alors qu’elles étaient en possession d’armes blanches.
Voilà qui devrait faire écho à ce que nous rencontrons à Montréal depuis quelques années.
Ce que dit le jury affecté à cette enquête, c’est que les policiers doivent être mieux formés aux interventions avec des personnes souffrant de troubles mentaux.
Plus précisément, ce que les articles qui en faisaient mention ont traduit de façon erronée – à mon sens – par une meilleure formation en santé mentale, le jury préconise une autre approche que celle de l’intervention « classique » en tenant compte de l’état psychologique de celui ou celle qui fait l’objet de l’action policière.

LES CAS QUI DÉRAPENT

À mon avis, les policiers appliquent trop souvent de façon mécanique les procédures d’intervention et les protocoles de défense, sans se préoccuper de la psychologie des gens qu’ils ont face à eux.
Bien entendu un grand nombre d’interventions « difficiles » se terminent bien, mais il faut s’intéresser à celles qui dérapent et finissent par des tirs policiers car il est maintenant plus qu’évident que quelque chose dysfonctionne de façon identique dans ces dernières.
Ainsi, ce qu’indique ce jury en Ontario tombe sous le sens : équiper les policiers de boucliers ou utiliser en priorité les armes intermédiaires.

TROP DE TECHNIQUE ET PAS ASSEZ DE PSYCHOLOGIE

Mais aussi, tenir compte de la psychologie du « sujet » de l’intervention.
Et c’est sur ce point, à mon avis, que se cristallise le risque de voir l’intervention mal se terminer.
Vous pouvez appliquer les meilleurs protocoles du monde et donner autant d’avertissements que vous voulez à un individu en lui demandant de poser son arme, mais si il ne comprend pas, ou n’est pas en mesure « d’entendre » ce que vous dites, vous aurez perdu un temps précieux à appliquer vos recettes tactiques et aurez gâché à peu près toute chance d’entrer en communication avec lui.
Il ne faut pourtant pas s’attendre en effet à ce que quelqu’un qui entend des voix et qui croit que les extraterrestres veulent le tuer (ce délire est plus courant qu’on ne le pense) se mette à suivre les consignes de gens habillés en noir qui s’agitent autour de lui en criant avec des armes à la main…
Inutile de vous dire ce qu’il en est quand la personne a préalablement été frappée par un véhicule de police.

REVOIR TOUTE L’APPROCHE DE L’INTERVENTION

Bref, c’est toute l’approche de l’intervention et même son organisation tactique qui est à revoir dans ce cas.
Par exemple que le policier qui connait l’individu ou son nom (ce qui arrive souvent) tente d’établir le contact, tandis que ses coéquipiers se positionnent en protection avec leurs armes mais de façon plus discrète qu’habituellement.
En effet, ce qui dissuaderait un citoyen momentanément énervé, une arme pointée sur le torse, est plutôt susceptible de mettre en mode panique un homme en pleine crise.
Ceci ne veut pas dire que les policiers doivent agir de façon inconsidérée, mais qu’il leur faut tenir compte de l’état et de la nature du délire de la personne en face d’eux, en cherchant à désamorcer cette crise plutôt que l’aggraver par un comportement qui passera obligatoirement pour agressif.

PAS DES SPÉCIALISTES EN SANTÉ MENTALE

Il ne s’agit pas de faire des policiers des spécialistes en santé mentale, loin de là.
Simplement de leur faire comprendre que l’aspect psychologique de l’intervention est au moins aussi important que son côté tactique.
Et je ne doute pas que certains policiers le fassent couramment.
Ce sont d’ailleurs ceux-là qui rentrent chez eux le soir sans avoir tiré un coup de feu.

Pour les autres, le message est simple : utilisez votre cerveau et votre imagination avant votre arme.
Vous n’aurez ainsi pas à porter toute votre vie le fardeau d’une vie enlevée en vous demandant si vous n’auriez pas pu faire autrement.

– Paru au JdM le 18 février 2014

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