Radicalisation & terrorisme, le sens des mots

Puisque l’on parle beaucoup de radicalisation, d’intégrisme, de fondamentalisme et de terrorisme, il me semblait important de revenir un peu sur le sens de ces différents termes pour, sinon les définir, au moins en préciser la portée. Ce texte n’a évidemment pas vocation à adresser un sens définitif à chacun de ces termes, mais j’espère qu’il pourra éclairer celui ou celle qui souhaite en savoir plus sur le sujet.

Pour Micheline Milot, professeure titulaire au département de sociologie de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) :

« Les individus puisent dans les répertoires religieux traditionnels des symboliques qu’ils agencent librement afin de donner un sens à leur existence, ce qui peut prêter à divers types de remploi ou bricolage des signes confessionnels […] C’est dire que fondamentalisme et intégrisme servent à décrire une large variété de mouvements politico-religieux dans des contextes nationaux très différents. Les catégories d’analyse reflètent également les frontières parfois floues ou poreuses entre le fondamentalisme, le traditionalisme et l’intégrisme. »

Micheline Milot considère ainsi que:

« L’intégrisme est la radicalisation du fondamentalisme, quand celui-ci s’exprime en tant que volonté politique de réforme globale de la société[1] ».

Dans un article intitulé «Intégrisme, fondamentalisme et fanatisme : la guerre des mots[2]», le journaliste Xavier Ternisien dresse un tour d’horizon assez complet de l’usage de ces notions. Il explique que le fondamentalisme est né aux États-Unis au tournant des années 1920 de pasteurs presbytériens, baptistes et méthodistes qui défendaient une interprétation littérale de la Bible, rejetant le darwinisme.

L’intégrisme, pour sa part, fait son apparition dans le monde catholique et désigne le courant se réclamant de «la tradition», c’est-à-dire des textes originaux et de leurs interprétations par «les pères et les docteurs de l’Église, les conciles et les papes ».

Autrement dit, l’intégrisme « fige, à un moment déterminé, l’interprétation de la Révélation », tandis que le fondamentalisme recèle « une volonté de retour aux sources, à une pureté originelle de la foi qui se trouverait dans les Écritures, débarrassées des repeints de la tradition. D’une certaine façon, le fondamentalisme nie la médiation d’une autorité religieuse – clergé, Église, docteurs de la loi – qui interpose habituellement une clé d’interprétation entre le croyant et le texte révélé ».

Olivier Roy, politologue spécialiste de l’islam, vient préciser le sens de fondamentalisme en tant que :

« Volonté de revenir aux seuls textes fondateurs de la religion en contournant tous les apports de l’histoire, de la philosophie et de la tradition des hommes[3] ».

Il circonscrit l’emploi de la notion de radicalisme islamique aux conditions suivantes :

« Lorsque l’usage de la violence est explicitement mis au service de la réalisation d’un État ou d’une société islamique[4] ».

L’adjectif «islamique», qui renvoie à ce qui relève de l’islam, est à distinguer d’« islamiste », propre à l’idéologie – l’islamisme – qui prône la mise en place d’un régime théocratique. Cet islam politique fut notamment promu par Mohammed ben Abdelwahhab, prédicateur charismatique du XVIIIe siècle considéré comme l’initiateur du wahhabisme. Le salafisme moderne, lui, tend à réprouver la modernité occidentale. Souvent assimilé aux organisations terroristes, il est tenu par la plupart des musulmans modérés pour « une forme pervertie et fanatisée de l’islam5 ».

Le terrorisme, enfin, peut être analysé et défini sous différents angles, qui en changent évidemment le sens ou la portée.

Les définitions les plus précises, mais pas toujours les plus justes ou complètes sont celles qui le définisse en tant qu’acte criminel bien que ces définitions varient parfois largement d’un système pénal à un autre.

Les principaux points discordants tiennent en particulier à l’utilisation légitime ou pas de la violence dans des circonstances particulières.

Retenons enfin, qu’en tant qu’outil répressif, la qualification de terrorisme est avant tout une question politique et c’est pourquoi cette définition peu varier d’un État à l’autre.

Pour faire simple citons le Larousse, même si l’emploi du terme « organisation » me semble désormais inutile ou dépassé :

« Ensemble d’actes de violence (attentats, prises d’otages, etc.) commis par une organisation pour créer un climat d’insécurité, pour exercer un chantage sur un gouvernement, pour satisfaire une haine à l’égard d’une communauté, d’un pays, d’un système. »

 

[1] MILOT, Micheline, «Religion et intégrisme, ou les paradoxes du désenchantement du monde », in Cahiers de recherche sociologique, numéro 30, 1998, p. 153-178.

[2] TERNISIEN, Xavier, « Intégrisme, fondamentalisme et fanatisme : la guerre des mots », in Le Monde, 8 octobre 2001.

[3] ROY, Olivier, Généalogie de l’islamisme, Paris, Hachette Littératures, 2001 (1995).

[4] ROY, Olivier, «Islam (Histoire) – L’émergence des radicalismes», Encyclopædia Universalis [en ligne].

 

Vous pourriez aussi aimer

3 commentaires

  • Marck 26 novembre 2015   Répondre →

    Merci. très enrichissant et utile pour mieux articuler la pensee notamment les définitions rapportées de X. Ternisien. auriez vous une définition de résistance à mettre en parallèle avec terrorisme?

  • Diane Garneau 19 novembre 2015   Répondre →

    Merci M. Berthomet vos propos sur votre blogue sont toujours inspirants et éclairants. Merci

Laisser un commentaire