Retrouver Cédrika

Cédrika Provencher a disparue le 31 juillet 2007.

Elle vient d’être retrouvée près du village de Saint-Maurice, non loin de l’autoroute 40.

Il n’est pas utile ici de donner plus de détails sur les circonstances de cette découverte, ils sont dans tous les médias et déjà, les uns et les autres se perdent en conjectures sur ce que cette macabre découverte va pouvoir apporter à une enquête complexe qui n’avait pas porté ses fruits jusqu’à aujourd’hui.

À vrai dire la seule chose qui soit vraiment certaine à ce stade c’est que la longue attente des parents pour retrouver leur petite fille est terminée.

Car pour le reste, il faut laisser aux policiers le temps de travailler, d’avancer et d’utiliser tous les outils technologiques et scientifiques qui sont en leur possession.

Il n’en manquent pas de nos jours et il n’est pas impossible que l’un ou l’autre des moyens de la médecine légale permette en effet une avancée significative.

Mais si en retrouvant la petite Cédrika, les policiers viennent de reprendre un avantage important sur le ou les meurtriers, ils viennent en même temps de peut-être perdre la maitrise d’une information importante, ce qui pourrait être tout aussi primordial pour la suite.

D’une façon générale, malgré le devoir d’informer dont la presse se drape à l’occasion de chacun des dossiers médiatiques qui se répandent dans les colonnes des journaux, les ondes de nos radios et les pixels de nos écrans – il n’est pas très profitable pour les policiers que l’information soit sortie dans les médias aussi vite, car ils viennent aussi de perdre un avantage stratégique dans leur chassé croisé avec un ou plusieurs assassins potentiels qui sont maintenant informé(s) de cette découverte et de ses possibles conséquences pour eux.

À moins que ce ne soit le fruit d’une stratégie policière décidée après la découverte de la jeune Cédrika pour faire réagir un suspect, ce que l’on ne peut savoir qu’en connaissant dans le détail les circonstances dans lesquelles cette information a été rendue publique.

Car c’est évidemment devenu le lot quotidien des forces de l’ordre que de devoir composer avec la vitesse incroyable à laquelle filtrent les informations, souvent en provenance des policiers eux-mêmes, et d’avoir à gérer ces fuites avec les conséquences parfois importantes qu’elles peuvent entrainer – qu’elles soient vraies ou non – pour les investigations en cours.

Je ne reproche ici pas aux médias d’avoir diffusé cette nouvelle, ils sont pourvoyeurs de nouvelles, ils font donc leur travail et il n’y a rien de surprenant à cela.

Je voudrais simplement souligner, en marge de cette affaire très médiatique, que l’intérêt des policiers qui est celui de garder un avantage dans toutes les sphères de l’enquête – y compris celle de l’information – n’est pas le même que celui des médias qui sont justement là pour diffuser largement autant d’informations que possible.

Cette notion d’un tempo judiciaire lent et laborieux qui ne correspond pas au tempo médiatique beaucoup plus rapide, nuit évidemment plus aux policiers qu’aux médias qui diffusent ces informations.

Car, si les citoyens sont informés en temps réel de la découverte de la dépouille de la petite Cédrika, le/les assassin(s) et le/leurs éventuel(s) complice(s) le sont aussi et eux savent parfaitement vers quoi cette découverte pourrait orienter les policiers.

Et cela, bien que l’on comprenne que la question n’est pas de censurer les médias, devient un enjeu supplémentaire pour les policiers dans cette enquête que l’on sait déjà difficile à résoudre, sauf si pour cette fois, ce sont les policiers qui se sont servis des médias dans cet étrange relation amour/haine qui sous-tend les liens entre médias et corps policiers.

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2 commentaires

  • Audet 15 décembre 2015   Répondre →

    Toujours un plaisir de vous lire, vous avez , tres souvent un angle inédit , prudent et qui porte a réfexion!

  • Louise Jalbert 14 décembre 2015   Répondre →

    Pour ma part, je pourrais tout à fait composer avec une information en différé si cela permettait aux policiers de travailler avec plus d’efficacité. Je ne ressens aucun besoin de tout savoir tout de suite. Parfois, on a l’impression que l’on voudrait voir les meurtres en direct pour ne rien manquer. Et les journalistes entre dans le bal de La Nouvelle la plus hot qu’ils diffusent les premiers. Et si on peut faire scandale en accusant quelqu’un d’incompétence, c’est encore mieux. Je dois être vieux jeu, je trouve cela tout à fait désolant.

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