SPVM : une dangereuse spirale de violence

 

Du point de vue du maintien de l’ordre en général, la manifestation du 3 avril dernier s’est plutôt bien déroulée.

Le SPVM, malgré quelques actes de violence en fin de manifestation de la part de certains individus, n’a pas procédé à des arrestations de masse et semble avoir limité ses tirs d’armes de défense au strict minimum (bien qu’il existe au moins un cas d’une personne disant avoir été atteinte par un tir de balle plastique sans motif valable.)

Cependant, derrière les apparences, se profile un autre constat plutôt inquiétant car pernicieux et révélateur d’un certain courant de pensée qui gagne une partie des troupes policières depuis le printemps 2012.

Avant de poursuivre sur ce point, je tiens à vous préciser que je fais ici référence à une minorité de policiers et que je ne place pas tous les membres des forces de l’ordre dans le même sac…

Que s’est-il donc passé de particulier le 3 avril dernier ?

Des incidents isolés qui font suite à d’autres incidents du même type lors d’autres manifestations et qui, mis bout-à-bout, indiquent clairement que certains policiers s’en prennent en particulier et individuellement à certains manifestants pour des motivations personnelles.

J’ai noté, alors que je faisais des recherches pour mon livre, que certains policiers développaient une aversion particulière à l’encontre de certaines catégories de manifestants, jugés par eux comme anti-système, donc anti-police.

Évidemment, cette catégorie de manifestants, souvent plus vindicatifs que les autres, existe et revendique et manifeste chaque fois que l’occasion se présente.

Est-ce une raison pour s’en pendre particulièrement à eux, les attaquer plus directement ou serrer plus fort les menottes quand leurs poignets sont à l’intérieur ? Bien entendu que non.

Mais au delà de cette réaction viscérale inacceptable – même si d’un point de vue psychologique elle peut s’expliquer sans se justifier –  on assiste désormais à des attaques ciblées et des coups portés directement contre des « ennemis » identifiés par les policiers eux-mêmes.

L’homme de plus de 70 ans qui a été poussé au sol par un policier lors d’une charge prenait des photos (C’est le SPVM qui me l’a indiqué), le jounaliste de TVA, Kévin Crane, qui a été aspergé de gaz par en dessous de sa caméra filmait les policiers hors de la manifestation, un photographe indépendant, Shane Murphy, a reçu une balle caoutchouc tirée à courte distance alors qu’il prenait des clichés et un autre journaliste qui prenait lui-aussi des photos, s’est fait pousser par dessus un muret…Capture d’écran 2014-04-05 à 22

Et ces exemples ne sont que quelques cas parmi de nombreux autres ces derniers mois.
Depuis deux ans, les exemples sont nombreux et vont de journalistes de CUTV à ceux de La Presse, en passant par plusieurs autres indépendants.

Ainsi, pour certains policiers, les manifestations sont l’occasion d’exercer de basses vengeances personnelles contre ceux qui, selon eux, font partie du problème qu’ils combattent ou ont seulement le tort de vouloir montrer ce qui se passe sur le terrain des manifestations.

Pour chacun de ces cas, certains trouveront une bonne raison à l’intervention des policiers.

J’espère toutefois qu’ils n’oublieront pas que les journalistes doivent pouvoir exercer en tout temps leur métier sans risquer d’être inquiétés, bousculés ou battus comme c’est le cas dans les pays totalitaires.

Au delà de ces considérations importantes, ces cas révèlent un dangereux glissement vers une spirale de violence exercée par des représentants de l’autorité publique selon des motivations et à des fins toutes personnelles.

Une forme de violence qui ne semble pas suffisamment importante aux yeux du corps policier pour qu’il communique à ce sujet sur son intention claire et ferme d’y mettre rapidement fin.

Une forme de violence qui soulève, au moins autant que les autres auxquelles elle s’ajoute, un profond sentiment d’injustice qui ne va pas manquer d’exacerber les tensions et les frustrations et risquer – je ne le souhaite pas mais le crains – de se retourner aussi un jour de façon individuelle contre ses auteurs si ils demeurent impunis.

Car, une spirale de la violence, si elle n’est pas brisée, revient toujours à son point de départ.

PS : Je précise que je ne fais aucune hiérarchie dans les actes de violence et qu’un citoyen blessé ou maltraité n’est pas moins important à titre personnel qu’un journaliste et qu’un policier. Mais l’objectif visé quand un policier s’en prend à un photographe ou un caméraman professionnel, revêt, lui, une certaine importance et envoie un message tout particulier.
Je précise enfin que je ne pratique pas la critique à sens unique et qu’il est déplorable qu’un policier qui fait son travail soit blessé dans l’exercice de ses fonctions. Cependant à la différence des casseurs qui doivent rendre des comptes à la justice, les policiers brutaux doivent aussi rendre des comptes aux citoyens qui payent leurs salaires avec leurs impôts et pour qui, au fond, ils travaillent.

– Paru sur le site du JdM le 6 avril 2014

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