Terrorisme : le tout sécuritaire

Tandis que le Canada se prépare à l’adoption du controversé texte de loi C-51, la France prépare elle aussi son projet de loi sur le renseignement qui donnera à ses services des pouvoirs extra-judiciaires, c’est à dire la possibilité d’agir hors du contrôle des juges.

Ne nous leurrons pas, une partie de ce que prévoit cette loi se faisait déjà depuis bien longtemps dans certains services de renseignement en France.

On pourrait se dire que finalement c’est une bonne chose que de mettre un texte de loi sur des pratiques jusqu’ici illégales et cachées.

Ce n’est pas tout à fait faux, mais croit-on qu’une fois ces pouvoirs acquis, les services n’iront pas plus loin dans la voie tracée du tout sécuritaire ?

Qui enverra le message aux services de renseignement que leur tâche, certes éminemment complexe, doit se faire dans le respect des lois ?

Au delà de ces questions, c’est surtout le basculement assumé du travail de lutte contre le terrorisme vers le domaine du renseignement, de plus en plus en amont de celui mené par les services d’enquêtes qui est inquiétant.

Le législateur croit qu’il faut plus de lois, plus de moyens, plus de travail secret pour lutter contre les jeunes djihadistes.

Le citoyen va se croire plus protégé et plus en sécurité.

En quelques mois ce sont des centaines de djihadistes français qui sont partis rejoindre les groupes terroristes en Syrie et en Irak et leur chiffre tourne aujourd’hui autour des 1400 selon l’estimation avouée du ministère de l’intérieur.

Entre lutter contre la radicalisation et le terrorisme, on fait le choix de s’attaquer au second en faisant mine de croire que quelques vidéos vont aider à tarir les sources du premier.

Or, le problème est le radicalisme qui s’appuie sur de nombreux facteurs dont le fondamentalisme orienté directement vers l’action violente qui touche de plus en plus de jeunes.

Le fondamentalisme ou l’intégrisme sont avant tout des questions de société, pas des questions de sécurité.

Que l’on comprenne bien : le fondamentaliste veut appliquer une vision littérale et rétrograde de l’islam, il ne souhaite pas forcément l’imposer aux autres.

C’est seulement la mise en oeuvre de cette vision intégriste dans l’espace publique qui devient source de tensions et de possible radicalisation.

Contre ces sources auxquelles s’abreuvent les manipulateurs, prédicateurs et recruteurs de la jeunesse française comme Canadienne que fait-on ?

Je crains que, ne comprenant pas exactement la nature de ce danger parce que l’on n’a pas pris le temps de réellement l’étudier, on fasse l’impasse sur la source même du mal et que l’on se concentre sur ces effets.

Une erreur courante quand il s’agit de vouloir agir vite plutôt qu’agir bien.

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2 commentaires

  • Daffie 18 mars 2015   Répondre →

    Merci, de votre éclairage, si nous savions qu’elle est *la* façon de prévenir la radicalisation, il ne resterait qu’a l’appliquer, je crois que nous sommes à tâtons avec essais et erreurs, et que tous les intéressés et/ou impliqués doivent vraiment se concerter, se coordonner et agir ensemble.
    Quant à ce que font les services de renseignement , légalement ou pas, ne soyons pas naïfs….

  • Michel Grenier 17 mars 2015   Répondre →

    Toute foi absolue en un corpus de croyances est intégriste. Si ce corpus de croyances comporte des jugements sur les incroyants et des attitudes ou comportements à adopter envers ces incroyants, on arrive nécessairement au radicalisme.
    Le radicalisme se manifestera différemment se lon les individus radicalisés. Certains se contenteront d’approuver des actes intolérants voire violents commis contre les incroyants. D’autres iront plus loin jusqu’à commettre ces actes eux-mêmes.
    La croyance religieuse répond au besoin fondamental des êtres humains de trouver des réponses aux questions existentielles et aussi d’atténuer notre angoisse devant la mort.
    Or, lorsqu’on est croyant, admettre la liberté de culte passe encore pour certains, mais admettre la validité d’autres croyances ne peut qu’insinuer le doute quant à la validité de ses propres croyances. La tendance naturelle est de penser que nos croyances sont les “vraies” et que les autres sont erronées.
    Si la personne croyante a une grande soif d’absolu et de certitude, l’intégrisme offre un refuge tentant.
    L’intégrisme, dans une société homogène ou la grande majorité des individus, pose des dangers pour les quelques dissidents. Il pose aussi des dangers si les leaders veulent “convertir” d’autres sociétés.
    Dans les sociétés modernes occidentales pluralistes, l’intégriste se sent menacé, entouré de gens qui ne partagent pas ces croyances.
    Combattre l’intégrisme, source de radicalisme, est très difficile . Que peut-on offrir à une personne intégriste? Cette personne l’absolu et la perfection, elle s’accroche à ces croyances. Aucun argument rationel ne lui fera renoncer à ses croyances. La seule façon de l’aider à voir le monde autrement est de faire appel à sa compassion pour autrui, si celle-ci n’est pas enterrée trop prfopfondément sous le faanatisme

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