Un homme « armé » abattu

Quand une nouvelle est relatée par les médias, il y a parfois quelques approximations qui me font frémir.

Avant hier, c’était l’affaire de cet homme qui a été tué par les policiers alors qu’il venait de dévaliser une bijouterie sous la menace d’une arbalète.
Plusieurs journaux ont titré « Un homme armé a été abattu par la police ».
Dans l’esprit ce n’est pas faux, l’homme était armé et a été abattu par des policiers.

Cependant, le choix des mots a son importance.
Si l’homme avait en effet une arme avec lui, l’arbalète avec laquelle il venait de cambrioler le commerce, l’impression laissée par les gros titres est surtout que l’homme avait son arme à la main lorsqu’il a été tué par les policiers.
Un écart de sens que n’a pas commis le journal de Montréal qui titrait prudemment « Vol dans une bijouterie à Saint-Jean-sur-Richelieu: les policiers ouvrent le feu et tuent un homme »

J’en imagine déjà certains derrière leurs écrans se dire : « Voilà le gauchiste Berthomet qui défend encore les voyous… ».
Ce n’est évidemment pas le cas, car défendre la précision des titres des articles de presse est simplement chercher à défendre la vérité au détriment d’une approximation qui se fait parfois trop souvent à l’avantage des policiers qui semblent avoir alors tiré de façon tout à fait justifiée.
Il y a en effet une différence entre « Les policiers tirent sur un homme armé » et « les policiers tirent sur une homme qui les menacent d’une arme ».
Dans le premier cas, il n’est pas du tout certain que la légitime défense soit valable car porter une arme ne justifie – normalement – pas de se faire tirer si l’on ne menace pas les policiers avec.

Si le travail du journaliste est de rendre fidèlement compte de la nouvelle dans son article – notez qu’ici vous êtes chez un chroniqueur qui, bien que s’appuyant sur des faits, donne son opinion – il arrive trop souvent que le titre de ce même article « teinte » dès les premiers mots l’image que l’on peut se faire de la situation.
Il faut, à ce sujet, savoir que le journaliste ne fait pas les titres de ses articles, une personne en particulier se charge de cela, et celui qui s’occupe de cette délicate mission doit faire une bonne phrase d’accroche dans un minimum de mots…

Une question sémantique donc qui a son importance et sur laquelle certains relationnistes policiers savent jouer finement.
Je me souviens en effet d’une conversation à ce sujet avec un service de police hors de Montréal au cours de laquelle le relationniste m’expliquait que les policiers avaient fait feu sur des hommes et qu’une arme avait été retrouvée sur les lieux de l’échange de tir.
Quand j’avais poussé plus loin mes questions, à savoir si l’arme était simplement sur les lieux ou si les hommes avaient pu l’avoir en main au moment de l’échange de coups de feu, on m’avait alors répondu qu’il s’agissait d’une enquête en cours sur laquelle on ne pouvait pas me donner de détails.

On pouvait donc me laisser penser que des hommes blessés par un tir policier avaient des armes à la main, mais pas éclaircir la question pour m’expliquer plutôt – ce qui était le cas – que ces armes étaient dans des véhicules hors de portée des voyous au moment des tirs policiers.

Je suis pour la justice et la vertu, mais cela sous-entend aussi qu’on n’essaye pas de me faire avaler des couleuvres !

– Paru sur le blogue du JdM le 11 avril 2014

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