Vaincre Daesh avec les « fiches S »

Depuis les attentats de Charlie-Hebdo, les fameuses “fiches S”, pour sûreté de l’État, ont fait leur entrée sur le devant de la scène médiatique et sont devenues en quelques semaines un argument politico-marketing récurent dans la campagne menée tambour battant par les défenseurs du « Faites n’importe quoi, mais faites quelque chose ».

Dans le peloton de tête des activistes de la fiche S, on retrouve le valeureux Éric Ciotti (député Les Républicains dans les Alpes-Maritimes) qui, après avoir commencé par le placement en centre de rétention ou sous bracelet électronique des personnes visées par une fiche sûreté de l’État, propose maintenant leur expulsion  « sans délai ».

Voilà au moins, diront certains, une mesure qui a le mérite d’éloigner les méchants terroristes potentiels, tellement méchants et si « potentiels » qu’on les retrouve dans la plupart des attentats commis ces derniers mois en France.

Précisons au passage que là où certains voient le point faible du système antiterroriste français : « si les auteurs ont des fiches S, c’est que la police fait mal son travail », d’autres, dont je fais partie, voient la marque d’un manque cruel de moyens pour poursuivre le travail policier après un décèlement plutôt efficace de la menace.

Mais revenons sur les chantres de la fiche S et sa transformation en billet d’avion ou ticket d’entrée pour un camp de détention administrative.

Passons rapidement sur l’aspect légal – qui semble de plus en plus devenir un détail pour certains représentants du peuple – avec ce que disent en coeur la Constitution et la Convention européenne des droits de l’homme :

« Il n’est pas possible d’autoriser par la loi, en dehors de toute procédure pénale, la rétention, dans des centres prévus à cet effet, des personnes radicalisées »

Maintenant, voyons les aspects pratiques d’une idée qui fait tristement penser aux méthodes mises en place contre la population maghrébine entre 1958 et 1960 en pleine période des attentats du FLN et qui, outre le fait que la mesure soit impossible à mettre en place, s’avère surtout d’une stupidité effrayante.

Car la fiche S est avant tout un outil de travail pour les policiers, au même titre que les écoutes, les filatures et les surveillances.

Sont ainsi susceptibles de figurer dans un tel fichier, ceux qui selon la loi : font l’objet de recherches pour prévenir des menaces graves pour la sécurité publique ou la sûreté de l’État, dès lors que des informations ou des indices réels ont été recueillis à leur égard.

Inutile de dire que ça ratisse large, surtout quand on sait que la fiche S permet d’obtenir ponctuellement des informations sur des gens à l’occasion des contrôles policiers de routine ou lors des passages aux frontières, ce qui offre une alternative économique en moyens à la surveillance électronique et aux filatures.

Dans les faits donc, ceux qui font l’objet de fiches S peuvent aussi bien être des individus sous surveillance et enquête active que des individus de troisième ordre ou dont le nom est apparu au détour d’un dossier et dont on se dit à la DGSI « mettons lui une fiche S, ça mange pas de pain ».

En effet, pendant longtemps en effet la fiche S a été considérée par les corps policiers antiterroristes, qui manquaient de moyens merci la droite, comme un succédané de surveillance, « au cas où ».

L’expulsion proposée par l’opposition – dont l’affaiblissement des services antiterroriste reste une tache indélébile du bilan présidentiel – toucherait donc des gens qui n’ont commis à priori aucun délit et qui ne devraient leur place dans un avion qu’au choix qu’un chef de section à l’antiterrorisme a décidé qu’il serait utile de mettre une fiche S sur untel ou untel.

Mention spéciale à monsieur Ciotti qui sait peut-être que dans le contexte actuel, renvoyer hors des frontières un terroriste potentiel est certainement le meilleur moyen de le mettre entre les mains expertes des camps d’entrainement terroristes qui en feront un spécialiste du djihad violent encore plus à même à revenir frapper la France sous un des nombreux faux passeports en circulation.

Nul doute que les services de police deviendraient tout de suite plus frileux à l’idée d’utiliser cette mesure administrative sans conséquence devenue alors un billet d’avion pour rejoindre Daesh pour tous ceux qui pourraient être utiles de près ou de loin à leurs investigations.

Un coup marketing pour les politiques et un coup de hache dans les maigres moyens policiers.

Une nouvelle preuve, si besoin, que les politiciens se fichent (attention jeu de mots) bien de savoir si ce qu’ils proposent sera efficace, tant que cela rapporte du capital politique.

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Un commentaire

  • Gilles Aerts 26 juillet 2016   Répondre →

    un article d’intérêt public

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