Veni vidi vici Charkaoui

Je suis venu, j’ai vu, j’ai vaincu !

Ces mots célèbres prononcés au Sénat par Jules César après sa victoire sur le roi du Bosphore, Adil Charkaoui aurait pu les prononcer en quittant la salle de la commission des institutions à Québec.

Je l’imagine volontiers en effet retrouver ses ouailles et leur expliquer combien il a raison de dire que l’on brime sa liberté d’expression en montrant, à l’appui de ses propos, la vidéo de son passage à la commission des institutions sur le projet de loi 59. 

Car, en acceptant que monsieur Charkaoui se présente à la commission tout en agissant ouvertement de manière à entraver le plus possible son droit de parole, on a fait exactement ce que M. Charkaoui dit que l’on pratique à l’encontre des gens qu’il prétend représenter.

Le moment où, au prétexte du « décorum » on coupe la parole au représentant du Collectif québécois contre l’islamophobie, restera dans les annales de la commission comme la marque d’une opération politique qui a totalement échouée…

Face à l’habile et controversé débatteur qu’est monsieur Charkaoui, on avait deux choix.

Si on ne souhaite pas lui donner une tribune, on lui demande simplement de ne pas se présenter – comme de nombreuses personnes qui souhaitent participer aux commissions – et de remettre son rapport qui aurait pu être traité en toute discrétion ensuite.
Pas de télévision, pas de radio, pas d’audience pour monsieur Charkaoui…

Mais, si on accepte la venue de monsieur Charkaoui, il faut le faire en sachant les risques que l’on prend et surtout en connaissant son discours, ses arguments et surtout… surtout… ce qu’il ne faut pas faire pour lui donner raison !

Malheureusement, au lieu d’apporter des arguments à l’encontre de ses propos ou d’opposer un contre-discours solide à la posture dans laquelle il se place, on a réagi de façon à ce qu’il puisse se victimiser en direct et renforcer ainsi son image et son message de représentant des exclus et des opprimés.

Car, la censure dans le débat est toujours contre-productive, surtout face à ceux et celles qui s’en prévalent pour s’installer dans une posture victimaire.

Pour ceux et celles, souvent des jeunes, qui sont sensibles au discours de monsieur Charkaoui, nous avons le devoir de débattre et contre-argumenter sur ses positions.

C’est ce que j’ai tenté d’expliqué lors de mon passage à la commission la veille de la venue de monsieur Charkaoui.

C’est pourquoi je défends la construction d’un contre-discours, d’un échange d’arguments et la prééminence du débat d’idée lorsque nous faisons face à des propos qui ne constituent pas eux-mêmes des faits répréhensibles mais plutôt une tentative de séduire une partie de nos concitoyens.

Grâce à ce qui s’est passé à l’Assemblée ce 15 septembre, Adil Charkaoui va encore pouvoir renforcer son message et son rôle d’influence.

Et il n’aurait certainement pas pu imaginer lui même un scénario plus favorable à sa « cause ».

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2 commentaires

  • René 21 septembre 2015   Répondre →

    Que M. Charkaoui s’est complu dans sa position de victime lors de son passage à l’Assemblée nationale n’ajoute ou n’enlève rien à ce que l’on connaît déjà du personnage. Ce qui est intéressant, c’est que lors de ce passage à l’Assemblée nationale, même si on n’avait pas eu recours à une contre-argumentation pour le débouter, on assistait à une des pires présentations sur le projet de loi 59. Charkaoui s’est donné en spectacle, presque de cirque oratoire. [NOTE DU BLOG : la fin de ce commentaire a été modérée]

  • Louise Jalbert 18 septembre 2015   Répondre →

    On peut aussi avoir un autre point de vue, il me semble. Si vous encourager M. Charkaoui en lui posant des questions, vous allez être inondé d’un discours idéologique simple mais très efficace qui s’adresse à des jeunes en mal d’identité qui adhèrent facilement aux slogans surtout s’ils sont teintés d’un religieux sublime et d’un appel au combat contre les forces du mal.
    Il n’y a pas de contre discours efficace qui se dit simplement et surtout pas par les membres d’un comité parlementaire qui n’ont pas les outils et les connaissances pour ce genre de débat. Il me semble que ce contre discours qui n’est pas un discours mais de l’éducation à la compréhension et à la complexité doit se faire sur le terrain où sont les jeunes: les écoles. Ils ont besoin d’être rejoints par des gens compétents, bien formés, pédagogues, qui prennent le temps. Des gens qui comprennent le religieux islamique et sont capables de le situer à travers un monde ouvert et démocratique qui a ses propres idéaux et ses propres défis. Ne pas avoir invité M. Charkaoui aurait été encore lui donner raison.

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