Vol MH370, enquête sur une affaire d’État

 

Durant pratiquement une semaine après la disparition du vol MH370, le gouvernement Malaisien a soutenu que le vol du Boeing 777 de la compagnie Malaysia Airlines ne s’était pas prolongé après sa disparition des radars le samedi 8 mars à 2h40am (heure locale).
Il lui a pourtant bien fallu admettre le contraire cette semaine.
Retour sur un dossier qui a maintenant tout d’une affaire d’État !

Continuité du vol, mes informations depuis le 10 mars

Mardi 11 mars, je faisais paraître un article dans le Journal de Montréal dans lequel je disais que j’avais obtenu la veille des informations confidentielles qui me permettaient de penser que le Boeing MH370 avait continué son vol durant plusieurs heures après sa disparition des radars.
J’y expliquais comment j’étais parvenu à identifier l’entreprise qui avait reçu et analysé des données en provenance du vol MH370, informations qui permettaient de conclure que le vol s’était bel et bien poursuivi longtemps après avoir quitté les radars Malaisiens le samedi 8 mars à 2h40am (heure locale).

Je peux aujourd’hui divulguer donner le nom de cette compagnie qui dispose de bureaux dans le monde entier et qui est spécialisée – entre autres – dans les communications pour le transport aérien, le traitement de l’information et les communication sol-air.

Une multinationale discrète et hyper-spécialisée

La Société Internationale de Télécommunication Aéronautique (SITA), qui est discrètement installée à Montréal dans des bureaux de la rue de Sherbrooke, compte plus de 3000 clients répartis dans plus de 200 pays et met ses connaissances et sa technologie de pointe au service de grandes compagnies aériennes telles que la Malaysia Airlines.

Ayant œuvré pendant des années dans la lutte antiterroriste et disposant encore de contacts dans le milieu, je connaissais les entreprises susceptibles de fournir un support technique à la Malaysia Airlines et me suis naturellement tourné vers la branche Montréalaise de la SITA pour obtenir des informations à ce sujet.

Je me souvenais, par ailleurs, que cette compagnie avait participé au groupe de travail « Récupération des données de vol » dans le cadre de l’enquête menée par le Bureau d’Enquête et d’Analyses français lors de la disparition du vol AF447 d’Air-France entre Rio et Paris.

Une enquête pour en arriver aux faits

Durant toute la journée du 10 mars, je tentais donc de parler, sans succès, avec un responsable de cette société.
Le 11 mars au matin, après plusieurs courriels et appels de ma part, je recevais enfin une réponse de la directrice des opérations, m’indiquant que la compagnie n’avait aucune information à me communiquer et qui me renvoyait vers la Malaysia Airlines pour en obtenir.

Bien qu’absolument personne ni dans les médias, ni du côté des autorités ne faisait référence à cette information, je savais que des données techniques étaient bien en cours de traitement et que, contrairement aux affirmations des autorités Malaisiennes, elles faisaient apparaitre une durée de vol de plus ou moins 4 heures après le dernier contact du vol avec la compagnie.

Je continuais donc de creuser cette piste en faisant appel à mes anciens contacts et quelques spécialistes de ces questions qui m’aiguillaient dans la bonne direction en me confirmant – entre autres – que plusieurs services de renseignement avaient, dès le départ, la certitude que le gouvernement Malaisien ne collaborait pas autant qu’il l’aurait du à l’enquête.

Après la parution de mon article du mardi 11 mars, je recevais un courriel de la directrice des communications de la société SITA, cette fois depuis Genève, m’indiquant qu’en raison d’une enquête en cours, « toutes les informations viendraient de la compagnie aérienne et des responsables de l’enquête ». (Traduction du texte en langue anglaise)

Une telle réponse, qui n’est pas un démenti ou une contradiction de l’affirmation que j’avais faite que la compagnie traitait des données du vol, ne pouvait que m’encourager à aller plus loin.

C’est pourquoi avec ces éléments, le 12 mars, je poursuivais sur la même lancée avec un autre article plus accusateur encore, intitulé, Ce que nous cache Malaysia Airlines, en poursuivant mes recherches sur les fameuses données.

Rolls-Royce et Inmarsat sur la piste des données du vol

Dans le même temps, la compagnie Rolls-Royce, fabricant les réacteurs de l’avion, déclarait avoir reçu des données ACARS (données techniques du vol envoyées automatiquement à intervalle régulier) en provenance du MH370.
Pourtant, la Malaysia Airlines et le gouvernement Malaisien contestaient l’existence de telles données, encore plusieurs jours après.

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Dans le même temps, j’obtenais cette semaine confirmation de la société Inmarsat – spécialisée en communications satellitaires – que des données techniques de vol du MH370 avaient bien été envoyées par cette compagnie vers SITA, puis partagées par cette dernière avec la Malaysia Airlines.

« Routine, automated signals were registered on the Inmarsat network from Malaysia Airlines flight MH370 during its flight from Kuala Lumpur. This information was provided to our partner SITA, which in turn has shared it with Malaysia Airlines. » écrivait la société Inmarsat sur ce point !

Revenant alors vers la compagnie SITA avec ces éléments nouveaux, j’avais droit à une réponse bien plus étoffée que la première fois, dont je vous livre ici le texte original :

« SITA can confirm that it supplies Malaysia Airlines with communications service via VHF radio and Inmarsat satellites for its fleet’s Aircraft Communications Addressing & Reporting System (ACARS) avionics. The Malaysia Airlines ACARS avionics communications via the SITA network is proprietary to the airline. We are fully supporting the airline and all the relevant authorities in their on-going investigation of the missing aircraft. »

Cette fois non plus, la compagnie SITA, ne démentait pas mon information sur la durée de vol de plusieurs heures après la perte de contact avec l’avion. On comprend évidemment qu’une telle société soit tenue par des ententes de confidentialité et ne puisse en aucune façon dévoiler la nature de sa participation à un tel dossier.
En refusant de confirmer, SITA respecte ces ententes, mais en ne contredisant pas non plus elle conforte mes éléments.

Et les faits sont là, Inmarsat a bel et bien reçu des données de l’avion qui ont été transmises à la société SITA, puis partagées avec la Malaysia Airlines. Mes sources me révélaient à la date du 11 mars que les données concluaient à ces fameuses heures de vol supplémentaires, ce que la compagnie aérienne ne peut donc ignorer puisqu’il lui a fallu reconnaitre cette semaine que l’avion avait bien continué de voler en ayant modifié son plan de vol.

Une semaine à dissimuler les faits pour le gouvernement Malaisien

Capture d’écran 2014-03-18 à 21Sur son compte Twitter officiel et dans la presse, le ministre malaisien des transports, Hishammuddin Hussein, a démenti à plusieurs reprises, ici le 14 mars, le fait que l’avion puisse avoir continué de voler plusieurs heures après le dernier contact.

Capture d’écran 2014-03-18 à 21Il fera plusieurs autres démentis identiques.
À plusieurs reprises depuis le 8 mars, le compte Twitter officiel du ministre des transports, Hishammuddin Hussein, était utilisé pour nier toute tentative de dissimulation dans ce dossier, comme ici, précisément le 11 mars, date à laquelle on collectait les premiers résultats des données de vols…

 

Le MalaysianGate

Cette incompétence ou dissimulation volontaire des éléments du dossier n’aura pas été sans conséquences sur la conduite de l’enquête et surtout sur les recherches menées dans une zone dans laquelle l’avion ne pouvait plus se trouver puisqu’il avait volé bien plus longtemps que ne le reconnaissaient alors les autorités Malaisiennes.

Plus nous avançons dans ce dossier, plus je suis convaincu de deux choses.

1 / Les responsables Malaisiens cherchent avant tout à déterminer leur degré éventuel de responsabilité en cas de défaillance technique, faute ou action malveillante des pilotes.
2/ Plusieurs éléments cruciaux ont été dissimulés afin de garder le contrôle de l’information et de tenter, bien maladroitement, de couvrir leurs arrières en cas de problème.

Après avoir nié malgré les éléments de vol qui existaient, malgré le contact radar avec l’avion par l’armée malaisienne, malgré les nombreux sous-entendus des services américains – qui savent mais ne peuvent trop en dire de peur de dévoiler leurs sources -, malgré la pression de plus en plus forte de la Chine et l’angoisse, la peur et les doutes des passagers, il ne fait plus aucun doute que ce dossier n’est plus seulement celui de la disparition du vol MH370, mais de l’affaire d’État qui se cache derrière les mensonges et la dissimulation.

Il faut d’ailleurs rappeler que le ministre des transports, Hishammuddin Hussein, qui a mené la plus grande partie du dossier depuis la disparition de l’avion est aussi le ministre défense… c’est à dire le chef des armées qui n’ont pas été en mesure de signaler en temps utile le passage de l’avion sur leurs radars à un endroit où il n’aurait jamais du se trouver !
Et il est le cousin du premier ministre Malaisien !

Ce MalaysianGate ne doit donc plus seulement être celui de l’enquête sur la disparition de ce vol, mais sur les responsabilités des différents intervenants de ce dossier au plus haut niveau du gouvernement Malaisien et de la société Malaysia Airlines !

Ceux et celles qui connaissent mieux que moi les paramètres géopolitiques de la région disent en coeur qu’il est impossible qu’un avion ait pu disparaitre ainsi dans une zone aussi sensible et contrôlée militairement.
Les critiques sont d’autant plus fortes que la plupart des observateurs considèrent la Malaisie comme un pays autocratique dirigé par une élite qui contrôle et dirige tout, y compris l’information.

Enfin, à ceux qui doutent – et je les comprends –  du fait qu’un ancien policier antiterroriste devenu auteur et blogueur au Québec puisse avoir obtenu, seul dans son coin, une information unique, démentie une semaine durant par un gouvernement dans une disparition d’avion, je pose la question :

Comment aurais-je pu annoncer le 11 mars dernier sur mon blogue que le vol MH370 avait duré au moins quatre heures de plus après sa disparition des radars, sans que la compagnie aérienne Malaysia Airlines, qui emploie la compagnie ayant traitée cette information ne soit pas, elle aussi, au courant ?

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– Paru au JdM le 19 mars 2014

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